Les lettres dans l’Histoire de Beaumarchais de Gudin de La Brenellerie
« [l]es lettres sont des témoins »1
Les Mémoires inédits publiés sur des manuscrits originaux par Maurice Tourneux (1849-1917) chez Plon en 1865 constituent l’unique édition de l’Histoire de Beaumarchais composée par l’ami fidèle, Gudin de La Brenellerie (1738-1812)2, dont le projet avait été devancé par Cousin d’Avalon3. Par souci d’exactitude, l’éditeur confronte continûment le texte à la biographie contemporaine de Louis de Loménie (1815-1878), Beaumarchais et son temps. Études sur la société en France au XVIIIe siècle d’après des documents inédits, publiée en deux volumes chez Michel Lévy frères en 1858. Toujours avec le même scrupule, il évoque de loin en loin la thèse d’Eugène Lintilhac4, en cours d’élaboration, qui s’ajoute à cet ensemble en raison des sources qu’elle fournit. Il signale enfin les variantes du manuscrit L5. C’est dire qu’avec les œuvres de l’écrivain et les autres documents et lettres, cette biographie n’échappe pas à la règle de l’édition savante en présentant un feuilleté passablement anachronique de voix.
La présente étude n’ambitionne certes pas de confronter toutes ces biographies, mais, plus modestement, de saisir comment les lettres écrivent l’Histoire de Beaumarchais : on interrogera non seulement leur qualité documentaire – et il faudra, pour ce faire, tenter de débrouiller la question du fonds dans lequel puise Gudin –, mais aussi ce qu’elles disent de l’orientation du récit, enfin la manière dont elles en structurent la composition. Il y a là un enjeu qui importe d’autant plus à la construction de la figure de l’écrivain que l’Histoire de Beaumarchais sert encore, et bien naturellement, de base à l’écriture des biographies les plus récentes6.
De quel fonds épistolaire se sert donc Gudin pour composer sa biographie ? Comment en use-t-il ? Ces deux problèmes sont difficiles à résoudre, mais la seule table des matières en donne une idée. Les lettres sont intimement intégrées au récit :
Nouvelle imprudence du duc de Chaulnes, le 14 février 1773, 81. – Lettre de cachet qui envoie Beaumarchais au For-l’Evêque, 93. – Il recouvre sa liberté, 98. – Son rapporteur lui intente un procès, 99. […] Beaumarchais retourne à Londres au mois de juin 1774, 124. – Lettre du Roi datée de Marly, le 16 juillet 1774, ibid. – Manuscrits et imprimés brûlés, au nombre de 4,000, les 22 et 23 juillet 1774, 125. – Lettre à M. de Sartines, le 26 juillet 1774, 128. – Beaumarchais part d’Amsterdam le 4 ou 5 août 1774, 1297.
Conscient de leur valeur, Gudin ne manque pas, en effet, de faire un sort à la question des lettres dans la composition même de son Histoire :
Nous jetâmes au feu des lettres que des princes, des ministres, des maréchaux de France, des hommes constitués en dignité lui avaient écrites autrefois. Plus elles étaient honorables pour lui, plus elles pouvaient le compromettre. […] Malgré les recherches que l’inquiétude accompagnait et troublait quelquefois, beaucoup de papiers nous ont échappé. J’ai cité dans cet ouvrage plusieurs lettres que j’ai retrouvées depuis, et d’autres qui sont rentrées dans nos mains à prix d’argent, par les suites du brigandage même qui s’exerçait alors8.
La brûlure s’explique par les circonstances : pendant la Terreur, « la prudence ordonnait, précise-t-il, de brûler ses titres, ses anciennes correspondances, les lettres de ses vieux amis émigrés, ou dénoncés, ou décollés, ou emprisonnés, ou s’attendant à l’être »9. Les souvenirs personnels suppléent, c’est assez naturel, aux sources épistolaires. Cette correspondance, et son état, Gudin en avait une idée assez précise au moment où il composait la biographie et, le lecteur ne peut que le noter, le fonds s’est enrichi des Œuvres complètes10 à Histoire de Beaumarchais.
Les tomes VI et VII des Œuvres complètes sont en effet consacrés à la correspondance, entre autres11, et l’avertissement du tome VI précise de quoi est fait ce corpus d’à peine cinquante-cinq lettres : il s’y trouve des épîtres familières et la correspondance d’affaires, mais aussi « joint à ces lettres quelques-unes insérées dans les journaux, et qui feront connaître ce qu’il était dans les débats littéraires »12. Remarquons en outre que cette correspondance ne commence qu’en 1771. En fait, on trouve aussi des lettres dans les tomes III et IV dévolus aux Mémoires (affaires Goëzman-La Blache et Kornmann, entre autres) et dans les Époques (affaire des fusils de Hollande) qui composent le copieux tome V13. Les lettres se répartissent ainsi sur l’ensemble des tomes III à VII, et Gudin n’a mis dans les tomes VI et VII que les lettres qui ne sont pas citées ailleurs ou dont il n’a donné que des extraits. Ce dispositif économique tranche avec les habitudes éditoriales qui sont les nôtres aujourd’hui et conduit à s’interroger sur l’état exact du corpus épistolaire, mais il souligne assurément l’importance des lettres dans les affaires judiciaires et politiques de Beaumarchais.
Le trouble se renforce lorsqu’on se rend compte que certaines lettres qui entrent dans les Mémoires ou les Époques ne sont pas données in extenso. Un système de renvois fondé sur une pratique de la citation répond d’autant plus justement à l’économie éditoriale des Œuvres complètes qu’il relève de la poétique même des mémoires. Tout se passe comme si, pour les lettres, Gudin avait appliqué aux Œuvres complètes le dispositif des factums de Beaumarchais. Ainsi, par exemple, dans le troisième mémoire de l’affaire Kornmann, Beaumarchais écrit : « Qu’on relise ma lettre écrite à M. Le Noir, à cette époque, et rapportée dans mon premier mémoire »14. Muni de la citation, le lecteur doit effectivement, sans autre indication de l’éditeur, se reporter au premier mémoire pour retrouver la lettre intégrale du 18 février 178115, et non aux tomes VI et VII de la Correspondance où, de toutes façons, elle ne figure pas. Il est assez clair que Gudin n’a pas tenu à donner un état net de la correspondance dont il disposait. Est-ce par manque de temps – il fallait rendre au plus vite une édition des Œuvres complètes –, par souci de la notoriété de son ami, par une « prudence » renouvelée sous l’Empire, par respect pour la veuve et la famille Beaumarchais, par stratégie littéraire ? Fallait-il plutôt garder des lettres pour n’en révéler l’existence que dans la biographie dont le projet pouvait être contemporain de l’édition des Œuvres complètes ?
En 2000, Gunnar von Proschwitz avertissait, par la mention de trois principaux fonds, des importantes lacunes qu’une édition de la correspondance aurait à combler16. L’inventaire de la correspondance active dressé par Bénédicte Obitz dans son livre Beaumarchais en toutes lettres. Identité d’un épistolier17 fait le tour des éditions18. Elle dénombre « 1495 lettres et extraits »19 couvrant une cinquantaine d’années20. Confronté à ce que donne l’édition de Gudin et à ce que nous pouvons tirer de la collation des lettres de l’inventaire Obitz, que nous avons vérifiée par sondage, nous arrivons péniblement à la centaine pour ces Œuvres dites complètes21. Autrement dit, avec la collation fournie par les tomes VI et VII, la correspondance active de Beaumarchais établie par l’ensemble des Œuvres complètes se monterait à près de 160 lettres grosso modo. Or la biographie révèle des lettres qui ne sont pas fournies dans les Œuvres complètes. Autant dire qu’il y a là à éclairer un rapport de complémentarité entre les œuvres de Gudin éditeur et biographe de Beaumarchais, et d’autant plus que la contribution épistolaire à la rédaction de la biographie paraît malgré tout majeure, tant par le nombre de lettres mises en œuvre dans le récit que par leur exploitation historique et narrative.
Si l’on veut, au demeurant, se faire une idée de l’activité épistolaire de Beaumarchais, voici ce que Gudin en dit pour la Révolution :
[…] il envoyait assez fréquemment des courriers à la Convention […] Beaumarchais ne se lassait point d’écrire, soit au Comité, soit aux différents membres de la Convention, et de les informer de l’état de cette affaire et son droit de propriété22.
Comme Voltaire, Beaumarchais se démène par lettres tant pour se faire rendre justice que pour faire avancer les affaires – en l’occurrence, il s’agit des fusils de Hollande. Est-ce à dire que la partie Correspondance des Œuvres complètes fut conçue avant tout comme une anthologie, voire qu’elle put être un prélude de la Vie qui devait, à l’instar de celle de Condorcet pour Voltaire, compléter les Œuvres complètes ? La complémentarité, qui apparaît à travers la distribution du fonds épistolaire dont dispose Gudin, entre Œuvres complètes et biographie met avec vraisemblance le projet de la biographie dans le sillage de l’édition des Œuvres complètes. Gudin avoue lui-même à propos de son ami : « Moi-même je n’ai appris la plupart de ses actions utiles ou courageuses que par ses papiers, qui m’ont été communiqués depuis sa mort »23, papiers parmi lesquels on comptera la correspondance.
Comme toute biographie, l’œuvre de Gudin ne recourt pas au seul fonds de la correspondance active de l’écrivain. Elle ne fait même parfois, et c’est l’usage, que mentionner les lettres ou n’en donner que des extraits sans autre indication. Gudin utilise également des lettres qui concernent Beaumarchais, mais dont il n’est ni le scripteur ni le destinataire. Autrement dit, cette comparaison entre les Œuvres complètes et l’Histoire de Beaumarchais montre que Gudin n’a assurément pas souhaité publier tout ce qu’il avait sous la main dans les Œuvres complètes. Or, comme on va le voir, ces lacunes nous permettent aussi de saisir en retour, avec plus de précision, l’usage qu’il fait du document épistolaire dans la biographie.
Tout d’abord, il y va du statut de la lettre, car un certain nombre de textes n’ont pas de genre défini, même s’ils semblent partager certains traits avec la lettre. Gudin a sans doute dû faire face, pour composer la Correspondance des Œuvres complètes, à une sélection d’autant plus drastique que les documents qu’il avait sous la main n’étaient sans doute pas pour lui clairement identifiables comme des lettres ou qu’ils mettaient en scène des personnalités et des familles qui n’auraient guère apprécié de figurer dans la correspondance d’un écrivain controversé. Ainsi, il ne qualifie pas certains textes de lettres, lors même que ce sont des écrits adressés. Il mentionne, par exemple, dès le début de son récit, les « essais » de Beaumarchais adressés à l’Académie Royale des Sciences sur la question de l’échappement d’horlogerie qu’il avait inventé24 : il ne parle alors ni de traité ni de lettre25. Ailleurs, il fait au contraire allusion, à propos de la disgrâce que connut Beaumarchais après son retour d’Espagne26, à une lettre d’avril 1768, inconnue de Morton et absente de la partie Correspondance des Œuvres complètes. Il en cite un « fragment » que Tourneux identifie dans sa note comme une « anecdote », en se référant à la qualification donnée par Lintilhac qui, de son côté, ne dit rien de précis sur ce qu’il a « retrouvé »27. Il est vrai que l’on ne saurait voir a priori dans le passage cité autre chose qu’un récit personnel : ni adresse ni destinataire ne sont spécifiés, et l’énonciation ne permet pas non plus de vider la question28. Gudin s’est bien gardé d’insérer ce morceau dans quelque endroit des Œuvres complètes. Certes, on pourra arguer qu’il a pu retrouver ce texte après la publication des Œuvres complètes, mais il ne reste pas moins vrai qu’on ne peut a priori considérer qu’il s’agit bien comme tel d’une lettre. La qualification épistolaire recouvrait-elle une réalité : Gudin avait-il bien une lettre sous les yeux ? Si ce n’était pas le cas, l’énonciation à la première personne29 suffisait-elle à regarder le document adressé comme une lettre ? Il semble en tout cas que, pour le lecteur, le terme de « lettre » authentifie mieux le fait, et que, dans sa remarque, Tourneux, fort de connaître la trouvaille de Lintilhac, vise à rétablir une vérité fondée sur l’absence de tout document.
D’ailleurs, tout mémoire ou compte rendu peut également entrer dans cette qualification élastique de lettre comme document adressé, et même d’autant plus aisément qu’il peut être incorporé à une lettre, voire qu’une lettre peut s’assimiler à un compte rendu ou à un mémoire par son contenu analytique, qu’il soit politique ou judiciaire. Il est par exemple assez difficile de ne pas verser dans la catégorie des lettres tel « Mémoire au Roi » non daté que Gudin mentionne dans HB, tant il est vrai que l’énonciation est plus proche de la lettre que du mémoire si on le compare à celui qui est inséré dans la lettre à Sartines du 20 juin 177430 ; citons un passage :
Mais, dit-il dans son Mémoire au Roi, j’ai tellement enchaîné l’auteur de ces libelles qu’il s’est soumis, dans l’acte légal le plus authentique, à toute la rigueur des lois d’Angleterre, au premier mot qu’il écrirait désormais contre la France… De plus, j’ai été assez heureux pour faire avec milord R** [lord Rochefort], ministre d’Etat, plein de confiance en moi, un travail secret qui ne peut être confié qu’à Votre Majesté, Sire, au moyen duquel elle peut être certaine qu’aucun réfugié à Londres n’écrira désormais impunément contre le gouvernement de France. Cette affaire a même d’autres branches relatives au Roi, et aussi intéressantes pour Votre Majesté, mais elles ne peuvent être confiées au papier31.
À qui ce compte rendu est-il adressé ? Est-ce à Louis XV ou à Louis XVI ? De toute évidence, ce qu’il raconte dans ce « Mémoire » est confirmé par le compte que Beaumarchais rend à Louis XVI de son action, dans lequel on ne trouve plus guère trace de l’affaire du libelle contre Mme Du Barry, à savoir les Mémoires secrets d’une femme publique, mais où la Dissertation extraite d’un plus grand ouvrage ou Avis important à la branche espagnole sur ses droits à la couronne de France à défaut d’héritiers, et qui peut même être très utile à la famille de Bourbon, surtout au Roi Louis XVI a pris une place importante, puisqu’elle justifie pour Beaumarchais l’urgence de l’action à entreprendre : poursuivre le présumé et mystérieux auteur de cette Dissertation, Guillaume Angelucci, et en arrêter l’impression. De ce libelle, le compte rendu glissé dans la lettre à Sartines du 20 juin 177432 fait effectivement état. Les propos se recoupent lorsque Beaumarchais parle de la soumission de « l’auteur de ces libelles », et qu’il précise à Louis XVI : « J’ai établi à Londres l’auteur même de ces libelles [comme] mon espion politique »33 ; il s’agit de Théveneau de Morande, auteur du sulfureux Gazetier cuirassé, dont il dit encore : « C’est un subtil braconnier [dont] je suis parvenu à faire un excellent garde-chasse »34. En d’autres termes, le passage cité par Gudin ressortit très vraisemblablement à un mémoire que Beaumarchais comptait remettre à Louis XV et qu’il a dû garder pour lui à la mort du roi, mais qu’en l’état, il est aussi sans nul doute judicieux de considérer comme une lettre secrète adressée au souverain, et même une lettre d’autant plus confidentielle qu’elle ne peut tout dire. Prenons un autre exemple. Les Observations d’un citoyen adressées aux ministres du Roi sont une requête en faveur des négociants calvinistes bordelais, et plus généralement des protestants. Mais, comme requête, elles sont présentées dans une lettre. L’ambiguïté générique est telle que Gudin se contente de dire : « il en écrivit ainsi aux ministres »35, tandis que D. Spinelli l’intègre dans son tome V en précisant « Observations d’un citoyen adressés aux ministres du Roi. (Remise, le 26 février 1779, à chaque ministre du roi) »36. Ailleurs, à propos du conflit anglo-américain, Beaumarchais envoie une lettre à un de ses soi-disant amis, dont il sera ensuite, nous explique Gudin, « oblig[é] d’envoyer l’original au comte de Vergennes »37. Ce document se justifie dans le récit car, en touchant à cette guerre, Gudin le « regarde comme un monument historique, par l’exposé net et succinct qu’il y fait de la situation des deux peuples à cette époque »38. Ajoutons que Gudin dit la « transcri[re] », sans précision sur le caractère exhaustif de la copie. Spinelli, qui l’édite en 2010, nous en fournit une version beaucoup plus étoffée, sans pouvoir malheureusement identifier le destinataire39. Or cette lettre s’apparente beaucoup plus à un mémoire qu’à une lettre d’information, par l’analyse et les perspectives qu’elle offre. Bien qu’il ne soit pas parfaitement d’accord avec les vues de son ami, elle intéresse particulièrement Gudin en ce qu’elle saisit la compréhension profonde que Beaumarchais avait des événements contemporains.
Ainsi, la lettre est comprise par le biographe selon une définition passablement extensive – il entend volontiers par là tout discours adressé –, et c’est dans doute pour cette raison qu’il n’hésite guère à en couper, voire en récrire certaines, en tous cas d’en user comme bon lui semble, en fonction des circonstances : les lettres lui permettent d’étayer le récit par un portrait contextualisé de Beaumarchais et de faire valoir la compréhension que l’homme avait des situations politiques et diplomatiques. Elles garantissent au récit son authenticité, notamment au moment d’aborder les affaires auxquelles Beaumarchais avait eu part.
Si le récit des épisodes passe, en effet, souvent par plusieurs canaux (lettres, témoignages, documents divers, récit personnel…), et il est souvent hasardeux d’avancer des certitudes en la matière, la relation tient également, par nécessité ou facilité, à la réécriture de lettres. Examinons donc de plus près cette réécriture comme procédure narrative, avec ce que cela comporte parfois de jeu et d’ambiguïté dans l’énonciation, en somme la narrativisation du discours épistolaire.
De son aventure dans la forêt de Neustadt, épisode bien romanesque qui justifie, parmi d’autres semblables, le terme d’histoire choisi par Gudin pour titre de sa biographie, Beaumarchais fait un compte rendu dans une lettre qu’il adresse à son ami le 16 août 1774 : ce dernier en cite un passage assez bref dans la biographie, mais tout le reste du récit de l’Histoire puise dans la lettre qu’il fournit aussi dans le tome VI de la Correspondance40. Autant les lettres – Gudin mentionne la lettre de son ami à l’impératrice Marie-Thérèse qui complète celle du 16 août41 – qu’un récit personnel de Beaumarchais ont ensuite pu donner matière à la relation romanesque du voyage à Vienne et de l’emprisonnement. On notera que le secret de ce courrier est maintenu puisque la lettre à l’Impératrice est seulement mentionnée dans HB et ne figure pas dans la Correspondance des Œuvres complètes. L’effet est celui des mémoires secrets dont les anecdotes sont d’autant plus appréciées qu’elles mettent en scène, sous le sceau d’un secret, des personnages historiques contemporains42.
Une partie du récit peut, en tous cas, apparaître comme une réécriture de la lettre à Louis XVI du 15 octobre 1774. Qu’on compare, moyennant le passage du je au il :
- « je fus trouver M. le Baron de Neny, son secrétaire, lequel, sur mon refus de lui dire ce que je désirais, et, sur mon visage balafré […] me reçut au plus mal, refusa de se charger de ma lettre »43 ;
- « il fut porter sa lettre au baron de N**, secrétaire de cette souveraine. Il trouve un homme froid qui, le voyant balafré et ne le connaissant pas, le reçoit mal, lui demande ses motifs, et, sur son refus de les lui dire, refuse de se charger de sa lettre »44.
On ne peut que souligner le secret que Gudin garde sur cette très longue lettre écrite à Louis XVI45, qui ne figure pas dans la Correspondance des Œuvres complètes : le passage qu’il récrit montre qu’il l’a sous les yeux, et il cite littéralement dans son texte un autre et très bref passage qui en est la péroraison46. Il va sans dire que cette lettre n’avait certes pas non plus besoin d’être citée in extenso, puisqu’il vient de faire la relation de tous les événements qui ont eu lieu à Vienne. Néanmoins, l’attention se porte ainsi sur le désintéressement de Beaumarchais dans sa mission puisqu’il a refusé comme humiliante la compensation financière de la souveraine qui l’avait fait écrouer durant un mois. Il faut laver le grand homme du soupçon de cupidité et faire remarquer derechef son exemplaire patriotisme. Ainsi est rappelé l’éthos des mémoires aristocratiques, dans la mesure où Beaumarchais est présenté comme animé de courage et de sentiments nobles et que son service de l’État croise les affaires secrètes les plus indispensables au roi et à son gouvernement.
Au reste, le jeu énonciatif crée parfois quelque ambiguïté, notamment en raison du fait que le récit permet un passage au discours indirect, ce qui floute les frontières entre citation et réécriture. Telle lettre au roi est rendue au discours indirect : « Il mandait au Roi qu’il garderait le silence »47. Cette lettre est ignorée de Morton qui n’en a sans doute retrouvé ni original ni copie. Mais cela se comprend, puisque Gudin avoue : « Il [La Borde] remit cette lettre fidèlement au Roi, que je regrette de n’avoir pas sous les yeux ». Il est de fait loisible d’interpréter certains phénomènes énonciatifs comme marque d’une absence de document. En somme, le texte fonctionne comme réminiscence plus ou moins approximative d’un contenu que le biographe recrée. C’est aussi le cas de ce passage : « D’ailleurs, comme Beaumarchais le mandait lui-même à M. de Sartines, payer ces choses à mesure qu’elles sont prêtes à paraître, pour les supprimer, est tout juste le moyen d’en faire éclore de nouvelles »48. On relèvera l’usage réitéré du verbe mander, et l’absence de toute lettre à ce sujet. Faut-il voir dans cet emploi associé du verbe mander et du discours indirect une marque particulière d’énonciation qui signerait le fait qu’il y ait bien eu un document, mais que la trace n’en soit plus que dans la mémoire du biographe ? Ailleurs, on retrouve cette présentation – « Beaumarchais mandait aux ministres » – à propos de l’ouvrage du comte Abington intitulé Thoughts on the Letter of Edmund Burke to the sheriffs of Bristol on American affairs (Oxford, 1777), mais cette fois, le texte de Gudin suit mot à mot la lettre à Sartines du 19 septembre 1777 ; le pluriel des destinataires s’explique par l’envoi d’une lettre à Vergennes du 22 janvier 1778 qui revient sur la question que traite cet ouvrage, à savoir qui des Américains ou des Anglais est rebelle à la Constitution. Voici maintenant un cas tout à fait intéressant en ce qu’il confronte la lettre de Beaumarchais au discours indirect à la réponse du ministre de la justice au discours direct, l’ensemble étant interrompu par un passage au discours direct mettant en scène Beaumarchais. À ce moment-là , Beaumarchais commence la rédaction des Époques, incarcéré au Ban du roi à Londres (notons qu’on retrouve le verbe mander) :
Il adresse en France une lettre au ministre de la justice, lui mande qu’il n’est point émigré, qu’il n’a jamais songé à l’être, qu’il s’occupe des moyens de repasser en France purger son inconcevable décret d’accusation […]
Ce ministre lui répond le 3 janvier, une lettre, « la seule raisonnable, dit Beaumarchais, qu’il ait reçu d’un homme en place dans toute cette affaire ».
« Je ne puis qu’applaudir, lui mande ce ministre, à l’empressement que vous témoignez de venir vous justifier devant la Convention nationale […]49.
Contrairement à ce qu’il fait pour la lettre de Beaumarchais, si c’en est une comme on peut aisément le présumer, Gudin présente au discours direct le bon mot de Beaumarchais et la lettre de Garat. Il connaît ces deux textes qu’il a sous les yeux et qu’il recopie à quelque chose près50. Ce jeu énonciatif s’explique : il a déjà été question du décret d’accusation (affaire Lecointre), tandis que la lettre du ministre fait son entrée dans le récit ; elle mérite en outre que Gudin rappelle l’appréciation d’un homme jusque là en butte à la mauvaise volonté de tous les ministres qui ont précédé ; par ailleurs, il fait ainsi jouer un effet dramatique de distance entre Londres et Paris. Bref, on a sans doute là , avec l’emploi du verbe « mander » et le traitement qui s’ensuit des discours direct et indirect, un trait stylistique particulier de Gudin. En tous cas, cette distribution des discours se justifie par le développement du récit et l’effet à produire.
Enfin, une autre manière d’expliquer à la fois l’état très superficiel de la Correspondance dans les Œuvres complètes et le statut des lettres dans la biographie, consiste à appréhender ce qui motive l’écriture de l’Histoire de Beaumarchais. Voici comment Gudin présente son projet d’éditer une « Vie privée de Beaumarchais » à la veuve Michel dans une lettre du 21 frimaire an XII [12 novembre 1801] – il n’a pas encore édité les Œuvres complètes : « Il ne s’agit que de rassembler les papiers qui peuvent me fournir les documents nécessaires, me fournir les époques, les dates et me rappeler une foule de faits »51. Rien d’étonnant à cette méthode de travail qui fait place aux lettres comme à des « documents nécessaires ». Les lettres ne peuvent avoir le statut d’œuvre, bien que des éditions de Lettres fameuses aient couru durant tout le XVIIIe siècle52. Elles entrent effectivement plus naturellement dans la composition d’une biographie qu’elles ne s’intègrent à l’œuvre d’un écrivain, même s’il existe le précédent de la correspondance de Voltaire qui s’étend sur douze volumes dans l’édition de Kehl.
Quoi qu’il en soit, l’écriture de l’historien est biaisée par la connaissance directe qu’il a de son héros. Une dimension apologétique surplombe le récit qui prend les deux voies rhétoriques habituelles de la défense et de l’éloge. Les lettres résident en effet au cœur du projet biographique de Gudin : « défendre la mémoire de mon ami », ce qui n’est pas sans analogie avec les factums de Beaumarchais. Gudin a parfaitement compris la valeur littéraire de ces écrits à la verve voltairienne. Sa biographie entend pour un peu rivaliser avec son modèle, et les lettres jouent de fait un rôle stratégique dans cette rhétorique de la défense. Elles revêtent des fonctions identiques à celles des Mémoires et des Époques, à la fois comme témoignages, justifications et preuves.
Cette défense épistolaire passe par un art du portrait qui conditionne effectivement le sens de la narration biographique. C’est tout d’abord la valeur illustrative de ces lettres qui est en jeu. Entendons par là qu’elles doivent saisir suffisamment bien tel trait capital de la personnalité de Beaumarchais (premier sens de l’illustration) pour permettre au biographe d’en tirer un commentaire (second sens de l’illustration), lequel complète aussi bien en amont qu’en aval le passage cité. Notons au passage que Gudin est parfaitement conscient de l’illustration qu’il tire des lettres :
Je cite avec plaisir, écrit-il, ces extraits de lettres de Beaumarchais, non seulement parce qu’ils montrent sa façon de penser sur les affaires publiques, et qu’ils font voir que dans sa correspondance, il gardait son caractère avec les ministres, mais surtout parce qu’ils pourront servir à l’histoire de ce règne infortuné53.
On reconnaît là , traversant la visée apologétique, l’éthos des mémoires aristocratiques qui inscrivent le destin du particulier dans l’Histoire du royaume. C’est aussi la raison pour laquelle, en bien des pages, Gudin se plaît à peindre d’amples fresques historiques ou littéraires : au sujet de la veine satirique de la comédie, le biographe rappelle les exemples de Molière et Racine, cite ses contemporains en exemple, et Aristophane pour fermer le kommos54. Ailleurs, se souvenant de la victoire de Rodney à Gibraltar, il témoigne : « Je me rappellerai toujours l’impression que Beaumarchais éprouva en apprenant cette nouvelle », non sans avoir relaté auparavant les défaites de la France et de l’Espagne dans une ample période qui souligne la course inexorable de l’amiral anglais gagnant enfin le golfe du Mexique55. En tout cas, la lettre donne la preuve de cette inscription dans l’Histoire et illustre d’une manière significative un trait important du caractère du grand homme, en l’occurrence, et tout à la fois, son indépendance politique et son patriotisme. Ce n’est d’ailleurs pas le seul moment du récit où ces qualités sont mises en évidence. Le biographe oriente souvent explicitement son lecteur : « Si l’on veut se donner une idée de l’étendue du commerce que faisait Beaumarchais et de sa manière d’opérer, il faut lire ce qu’il écrivait à M. Necker le 18 mars et le 18 juillet 1780 »56. À vrai dire, ces qualités doivent être d’autant plus relevées au début du nouveau siècle que Beaumarchais avait été convaincu de complicité avec la famille royale et les ennemis de la Révolution, et que la longue affaire des fusils, sans doute encore dans les esprits, tenait au soupçon qu’il cherchait à s’enrichir au détriment de l’État. L’on confondait volontiers, et pour cause, sa manière d’obliger avec de la cupidité – « Dans tous les temps, dit ailleurs Gudin, il fit un noble usage de sa fortune »57 –, et l’effet des temps jouait alors à plein régime : la Révolution balayait les usages anciens, et l’homme de Figaro disparaissait derrière l’homme suspect de pactiser avec les puissances hostiles (Angleterre et Pays-Bas, notamment). Le portait psychologique que Gudin s’efforce donc de peindre à travers les lettres qui lui servent en somme d’attestations, se doit d’effacer le soupçon de convoitise ou de cupidité sans en nier l’existence, tant il est vrai que certaines des entreprises commerciales de Beaumarchais n’ont pas toujours été heureuses sur le plan financier. L’esprit de liberté ou d’indépendance qui anime Beaumarchais et qui pouvait aussi passer pour une insolence se confirme par le style de ses lettres aux grands et aux ministres – il n’y a que le roi qui ait droit aux égards, et encore… –, et n’excusant en rien cette familiarité, Gudin en fait en revanche un trait tout à l’honneur de son héros. Gudin ne rappelle-t-il pas par ailleurs que « des Anglais mettaient pour suscription de leurs lettres : ‘A Monsieur de Beaumarchais, le seul homme libre qu’il y ait en France’ », à quoi il ajoute aussitôt : « Et les administrateurs de la poste lui envoyaient ces lettres »58 ? Cette renommée ainsi inscrite dans l’adresse des lettres n’est pas sans rapport avec une habitude épistolaire de Beaumarchais lui-même qui dérogeait en toute conscience aux usages, notamment dans la suscription de ses missives – le témoignage accrédite le fait :
En traitant les affaires les plus importantes, il mettait à ses lettres pour toute suscription : « A Monsieur le comte de Vergennes », « A Monsieur le comte de Maurepas », et jamais ces hommes sages n’eurent la faiblesse de trouver mauvais qu’il ne les appelât pas Monseigneur, comme tant d’autres. « Je salue d’abord, me disait-il, la simarre et la cordon bleu ; mais ensuite je ne vois plus qu’un homme, j’oublie la décoration, et je juge bientôt s’il a plus d’esprit, de connaissances ou de probité que moi »59.
Gudin résume cette attitude en disant : « Il agissait, il parlait, il écrivait en homme libre »60. Cette liberté affecte naturellement jusqu’aux sujets des lettres, qui permettent d’étayer l’apologie par des situations diverses et variées : « La littérature, le commerce, la tolérance, l’humanité trouvaient donc en Beaumarchais un homme courageux qui ne se lassait jamais de plaider leur cause auprès des ministres »61. Il importe de peindre un homme libre et courageux, mais aussi un ami fidèle. Quoi de mieux que de mentionner une lettre pour en persuader le lecteur ? Gudin rappelle ainsi que le prince de Nassau avait recouru à Beaumarchais pour obtenir de l’archevêque de Paris la permission d’épouser une princesse polonaise séparée de son mari, et cite la lettre de refus du prélat datée du 13 septembre 178062, preuve que Beaumarchais s’est bien exposé pour les amours du prince. Le caractère anecdotique des lettres supplée le récit : pour mieux persuader, il convient de peindre, voire de peindre de manière détournée, pour ainsi dire in absentia, dans les cas où Beaumarchais n’est ni scripteur ni destinataire, et de commenter, bref d’illustrer plus que de narrer.
Toutefois, la rhétorique mise en œuvre n’est pas seulement illustrative. Elle concerne aussi la poétique du récit. On remarquera à cet égard que, valant fait et récit, les lettres entrent fréquemment dans des récits à double face, voire que ce qui est raconté dissimule souvent, non sans intention, des faits et des lettres. Il convient de présenter le récit sous un jour qui projette le moins d’ombre possible, puisqu’il y va de la visée apologétique de la narration. La comparaison avec la correspondance connue à ce jour et les biographies contemporaines de Tourneux suffit, avec les notes de l’éditeur, pour convaincre qu’il y a là un tour de Gudin. L’omission de certains détails est en effet profitable, en la matière, à l’effet que le biographe souhaite produire. Pour se donner une idée précise de la manière dont Gudin use des lettres pour défendre son grand homme, on peut se pencher sur la petite affaire des Observations sur le Mémoire justificatif63 qui valut à son auteur les lettres que Choiseul et Praslin envoyèrent à Vergennes le 17 décembre 1779, et qui furent intégrées à la seconde édition de 1780 desdites Observations64. Gudin précise qu’il avait averti son ami de l’erreur qu’il commettait lorsqu’il signalait que le traité de Paris avait établi une mesure dans le nombre de vaisseaux que les Anglais autorisaient la France à armer65 ; mais, par ailleurs, il ne cite pas les lettres des anciens ministres de Louis XV. L’incident est ainsi minimisé, et d’autant plus que la rumeur de cette contrainte imposée à la marine française s’était répandue longtemps auparavant. L’excuse et la preuve viennent alors du plus grand de tous les écrivains, tant pour Gudin que pour Beaumarchais, Voltaire, et de sa lettre à D’Argental du 31 décembre 176066 : « est-il vrai que les Anglais ont proposé de vous réduire à n’avoir jamais que vingt vaisseaux ? c’est-à -dire à en construire encore dix ou douze ? »67.
L’illustration vise effectivement à la défense morale de Beaumarchais, dans laquelle les lettres ont un rôle à jouer, et notamment dans les affaires littéraires. Beaumarchais s’oppose en 1788 à la reprise du Mariage de Figaro et, pour ne pas encombrer le récit avant de passer au souvenir de la mort de sa mère, Gudin cite un passage d’une lettre du 11 mai68, puis commente, sans citer :
Ces lettres ne justifient-elles pas ce que j’ai avancé quand j’ai dit qu’il n’avait pas voulu que cette Folle Journée fût jouée pendant le cours d’une guerre désastreuse, et qu’il attendit la paix pour en offrir la première représentation au public ? Cette conduite n’est-elle pas celle d’un excellent citoyen ? N’annonce-t-elle pas une grande moralité ?69
Gudin consacre en fait tout le début de la dernière partie – ce sont une trentaine de pages70 – aux représentations du Mariage et à sa critique, véritable réponse aux vues de La Harpe et de son Cours de littérature71. La littérature est ainsi prise dans le mouvement des événements qui animent le récit, et les lettres contribuent de loin en loin à ne pas dissocier la littérature des autres activités de Beaumarchais, même si Gudin s’attarde, pour achever la relation de ce moment littéraire, sur la reprise des représentations et les critiques du « tartufe littéraire »72, entendez La Harpe. Il importe de présenter un Beaumarchais homme de lettres aussi honnête que le Beaumarchais homme d’affaires ou patriote.
Voilà pourquoi, dans le récit de cette vie, il est des lettres qui forment souvent le cœur des événements. La table des matières, nous l’avons évoqué, atteste cette structuration épistolaire du récit. Après sa visite chez Le Normant d’Étioles, au retour de Vienne, il compose des lettres pour se disculper et montrer qu’il a donné toute satisfaction – curieusement, la table ne permet pas de savoir de quoi il est exactement question, mais elle dit que Gudin compose à la lecture de lettres qu’il a sous les yeux :
Lettre de Beaumarchais, en date du 14 novembre 1774, adressée à M. de Sartines, ministre de la marine, 150. – Lettre au même, en date du 25 novembre 1774, 151. – Autre lettre au ministre de la marine, le 11 décembre 1774, 153. – Lettre à M. de Sartines du 25 décembre 1774, 15573.
Ce sont pas moins de six pages du récit occupées par des lettres. Prenons un autre exemple, un peu plus complexe, qui concerne la mission de Beaumarchais en Angleterre et ses rapports avec le chevalier d’Éon :
La chevalière d’Éon revient en habits d’homme, au mépris de sa parole ; elle arrive à Versailles le 17 avril 1776, 184. – Lettre du comte de Vergennes à Beaumarchais, le 10 janvier 1776, 187. – Lettre à M. de Sartines en date du 14 janvier 1776, 187. – Beaumarchais présente une requête au conseil en mars 1776, 190. – Il arrive à Bordeaux, le 20 ou 21 juin 1776, ibid. – Sa requête est admise, les lettres de relief de temps obtenues, le 12 août 1776, 192.74
Cette succession de lettres entrecoupées de commentaires, forme manifestement la trame du récit. Elles sont précédées de l’événement que constitue le retour du chevalier d’Éon en France en habit d’homme, alors même qu’il était convenu que ce devait se faire en habits de femme ; ce retour s’ouvre sur une analepse remplie de lettres de et à Beaumarchais, alors en Angleterre. À la suite de la lettre à Sartines du 14 janvier 177675, on trouve un commentaire, puis une prolepse qui sert de témoignage personnel, des considérations sur les projets de Beaumarchais, et le retour de notre Figaro en France en mars 1776 ; l’ensemble de la séquence s’achève par la requête faite en vue d’obtenir des lettres de relief de temps : ce sont des papiers qui l’autorisent, dans l’affaire Goezman, à « appeler du jugement rendu » au-delà du délai76, étant donné qu’il n’avait pu le faire de Londres. En raison d’un certain décousu dans la chronologie, le récit donne l’impression d’actions simultanées et parallèles (Éon, Goezman, Dissertation). Les lettres contribuent à produire cet effet en ce qu’elles permettent de passer avec économie d’un événement à l’autre : une légère transition par le commentaire suffit à procurer au récit le mouvement nécessaire. La vraisemblance tient au fait qu’effectivement, Beaumarchais était un homme qui menait en même temps les affaires les plus diverses. Ce système épistolaire de narration produit ainsi le portrait désiré par le biographe.
Dans l’affaire Kornmann, autre exemple, tout ne commence-t-il pas par les lettres dont Beaumarchais prend connaissance chez le prince de Nassau-Siegen ? Ces lettres fournissent à Beaumarchais une défense de l’épouse Catherine d’autant meilleure qu’il s’est fait l’éditeur de la correspondance, en donnant ces lettres « au corrupteur prétendu de sa femme [Mme Kornmann], bien rangées selon l’ordre des dates »77. L’épisode pathétique de Gabriel Feydel repose sur la supplique d’un admirateur désargenté et suicidaire qui désire voir représenter le Mariage avant de mourir. La lettre émeut Beaumarchais qui lui vient en aide, et Gudin de conclure : « Ainsi, le Mariage de Figaro sauva la vie à un homme »78. On pourrait citer nombre d’autres exemples où les lettres finissent par constituer le récit ou sa matière, dans des réécritures plus ou moins fidèles.
Pour autant, on ne dira certes pas que cette présence épistolaire signifie que le récit ait toujours largement besoin de lettres pour se développer, mais elles possèdent le pouvoir de dramatiser les situations en les présentant in vivo sans qu’il soit besoin de déployer commentaires indiscrets ou extrapolations : « Ces paroles, écrit Gudin, offrent un beau champ aux conjectures », et d’expliquer ensuite, sans les expliciter, qu’elles donnent à comprendre pourquoi Beaumarchais « eut des ennemis secrets si acharnés, si actifs et si puissants »79.
Tout naturellement, la fin exclut les lettres dans la mesure où, au moment de dire le décès et ses suites, elles risquent de créer un décalage par la présence de la voix qui s’est éteinte. La vraisemblance tout autant que la bienséance exige cette exclusion. Ailleurs, l’absence de lettres s’explique aussi par la manière dont le récit se construit : Gudin se plaît également à brosser de larges fresques historiques qui disent quel surplomb caractérisait les vues de son ami en matière de politique et de diplomatie. Au-delà de l’éloge, les commentaires fournis sur les documents cités ou mentionnés signent la vérité et l’authenticité du récit.
***
Une analyse de l’état de la correspondance et du statut de la lettre persuade que l’Histoire de Beaumarchais s’est bien écrite, tout inédite qu’elle est restée jusqu’en 1865, dans la continuation des Œuvres complètes, second volet d’un même projet éditorial.
Comme tout biographe, Gudin y fait feu de tout bois et joue de ce qu’il connaît à la fois personnellement de son héros et de ce qu’il découvre par la lecture de correspondances diverses. La visée apologétique qu’il adopte lie l’éloge à la défense de son ami dont la fortune littéraire et personnelle fut pour le moins controversée. Il construit, pour ce faire, un récit dont la rhétorique demande aux lettres d’endosser les fonctions juridiques de témoignage et de preuve, mais aussi d’inscrire cette Histoire – on relèvera le caractère à la fois romanesque et familier de ce titre, qui entend représenter le sens de la vie du personnage, et donner le ton de ses lettres – dans un éthos qui joue autant des mémoires aristocratiques – et c’est l’Histoire aussi bien politique que littéraire que font alors revivre les lettres – que des anas. Aussi les lettres sont-elles partie prenante de cette poétique illustrative par leur intégration intime dans le récit, que ce soit citation, simple mention ou réécriture, intégration consciente et manifeste, puisque le biographe use des lettres pour composer jusqu’au sommaire de son ouvrage. Le récit se fait ainsi par lettres pour nombre d’épisodes, et un travail de couture entre les lettres et le récit s’opère le plus souvent par les commentaires du biographe ou par des fresques historiques. Les lettres construisent à leur façon un pont entre histoire politique, littéraire et personnelle pour attester la moralité d’un héros en butte à sa « bizarre destinée ».
Bref, les lettres servent, peut-être mieux que tout autre discours, le motif profond de cette Histoire qui paraît être, en 1809, de réhabiliter pleinement la mémoire de l’ami défunt. Finalement, la Vie de Cousin d’Avalon aurait-elle, plus que les circonstances éditoriales, détourné Gudin de publier son œuvre, persuadé que les lecteurs attendaient sans doute plus un Beaumarchais aventurier et libertin qu’impeccable patriote et génial homme de lettres ?
Éric Francalanza
Université de Bretagne occidentale, CECJI
1 Beaumarchais, Troisième Mémoire ou Dernier Exposé des faits qui ont rapport à Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais dans le procès du sieur Kornmann contre sa femme, dans : Œuvres complètes, éd. Gudin, Paris, 1809, chez Léopold Collin, 7 tomes, t. IV, 622 p., p. 582.
2 Nous abrègerons désormais ce titre en HB.
3 L’histoire du manuscrit et de son édition est retracée par Tourneux dans la « Notice préliminaire » de la biographie (p. I-V). Il y explique comment Cousin d’Avalon a pu devancer le projet de Gudin avec la complicité de l’éditeur Michel. Cette guerre éditoriale se lit clairement dans le titre abondamment racoleur donné à son livre par Cousin d’Avalon, Vie privée, politique et littéraire de Beaumarchais suivie d’anecdotes, bons mots, reparties, satires, épigrammes, et autres pièces propres à faire connaître le caractère et l’esprit de cet homme célèbre et singulier publié en 1802, auquel s’ajoutent des Beaumarchaisiana (chez J. M. Davi et Locard, 1812).
4 La thèse Beaumarchais et ses œuvres : précis de sa vie et histoire de son esprit est publiée chez Hachette en 1887. Tourneux raconte comment il a eu accès au travail de Lintilhac : « Pendant que j’en [il s’agit bien sûr de l’Histoire de Beaumarchais] établissais l’annotation, un jeune et brillant universitaire, M. Eugène Lintilhac, sollicitait et obtenait de la famille de Beaumarchais l’autorisation de fouiller à nouveau les liasses et les cartons dont M. de Loménie s’était jadis servi. […] la thèse qu’il soutiendra prochainement en Sorbonne rajeunira sur plus d’un point un sujet en apparence rebattu. Au cours de ses recherches, M. Lintilhac avait mis la main sur la copie des Mémoires de Gudin, et il avait fait exécuter une transcription rigoureuse […] en apprenant que j’allais imprimer ces Mémoires, il voulut bien m’offrir de me communiquer sa copie » (« Notice préliminaire », p. V-VI). Tourneux consulte le mss. L qu’il cite d’autant plus souvent qu’« il a servi tour à tour à M. de Loménie et à M. Lintilhac » (ibid., p. VI). Effectivement, les notes de Tourneux relèvent les variantes de L. par rapport au manuscrit autographe de Gudin.
5 Tourneux distingue deux états du texte : l’un qui est une mise au net conservée par la famille Beaumarchais, retrouvée et utilisée par Loménie (voir note 3 du présent article) ; l’autre qui est le manuscrit déposé à la Bibliothèque nationale, exhumé par Émile Mabille en 1855 ; l’archiviste-paléographe entreprend de le déchiffrer et en confie l’annotation à Lorédan Larchey, mais l’édition n’en aura finalement pas lieu. « En 1877, écrit Tourneux, j’acquis du père de M. Mabille (mort en 1874) la copie qui a servi à l’impression du présent volume » (HB, p. V) : c’est ce que Tourneux appelle le manuscrit L dans son annotation. Une aide précieuse lui a en outre été apportée par E. Lintilhac qui avait transcrit « la copie des Mémoires de Gudin » (ibid.).
6 Ainsi, Maurice Lever cite Gudin, mais il n’hésite pas non plus à le copier mot pour mot. Donnons un exemple parmi de nombreux autres (nous soulignons les modifications apportées par Lever) : « Jouissant, par son zèle affecté, de plus de liberté que bien d’autres, il profita du désordre qui accompagne toujours les grands bouleversements et parvint à dire quelques mots en secret à la reine, dont il n’était pas inconnu » (Histoire de Beaumarchais, p. 425) ; « Jouissant, par son zèle affecté, de plus de liberté que bien d’autres, il profita du désordre qui accompagne inévitablement les grands bouleversements, et parvint à dire quelques mots en tête-à -tête à la reine, pour laquelle il n’était pas tout à fait un inconnu (Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, tome III. Dans la tourmente 1785-1799, Paris, Fayard, 2004, 481 p., p. 261). Le reste de la page continue cette copie.
7 HB, p. 503-504.
8 HB, p. 447-448.
9 HB, p. 447.
10 Rappelons la distribution des volumes de ce que nous nommerons désormais OC Gudin (Beaumarchais, Œuvres complètes, Paris, chez Léopold Collin, 1809, 7 tomes) : les tomes I et II sont consacrés au théâtre ; les tomes III et IV aux Mémoires, le tome V aux Époques et les tomes VI et VII à la correspondance et aux mélanges.
11 Dans le tome VII se trouve également une liste des souscripteurs.
12 OC Gudin, t. VI, p. 246.
13 Notre propos n’est pas d’en faire un état des lieux, mais de souligner simplement le réseau que Gudin a créé dans les sept volumes de son édition sans pour autant éclairer d’aucune façon les raisons de cet assemblage.
14 OC Gudin, t. IV, p. 509.
15 Ibid., p. 445-446.
16 G. von Proschwitz, « Beaumarchais dans ses lettres », Revue d’histoire littéraire de la France¸ « Un autre Beaumarchais », PUF, juillet-août 2000, n° 4, p. 1117-1123. Parmi ces fonds, il y a certes le fonds privé de la famille, mais aussi, entre autres, les Archives du ministère des Affaires étrangères, « véritable trésor de lettres de Beaumarchais » (p. 1118), que G. et M. von Proschwitz ont consultées pour mettre au jour la correspondance avec Vergennes et composer leur ouvrage sur le Courrier de l’Europe, ce périodique même (voir Beaumarchais et le ‘Courrier de l’Europe’. Documents inédits ou peu connus, Oxford, Voltaire Foundation, 1990, 2 tomes), la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (p. 1120-1121), la Bibliothèque nationale de Suède (p. 1121). On ajoutera à ce corpus : Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Lettres de combat, texte établi et commenté par G. von Proschwitz, Paris, M. de Maule, 2005, 435 p.
17 La voie que le travail capital de B. Obitz a suivie était, notons-le, tracée et justifiée dès 2000 par les propos de G. von Proschwitz qui écrivait : « Dans ses lettres, nul portrait n’est tracé avec plus de nuances ni plus de détails que celui de l’épistolier lui-même » (RHLF, op. cit., p. 1118). C’est dire la nécessité de la collation des lettres et de fouilles à entreprendre à nouveaux frais.
18 Paris, H. Champion, 2011, coll. Les Dix-Huitièmes Siècles (n° 159), 554 p., p. 391-453.
19 Ibid., p. 391. Mentionnons pour complément la lettre à Christinat du 18 ou 19 août 1792 (OC Gudin, t. VI, « Quatrième Époque », p. 262), qui ne figure pas dans l’inventaire, non plus que la lettre « circulaire » aux membres de l’Académie française envoyée pour recommander Gudin, signalée par Henri Cordier (Bibliographie des œuvres de Beaumarchais, Paris, A. Quantin, 1883 ; réimpr. : Slatkine reprints, Genève, 1967, 143 p. : voir n° 458, p. 111) et fournie par Maurice Tourneux (HB, p. XXII-XXIV).
20 Le graphique qu’elle donne de la variation annuelle du nombre de lettres apporte le correctif nécessaire à l’idée d’une moyenne lissée d’une trentaine de lettres par an (Ibid., p. 479).
21 En comptant la lettre à Christinat (voir note 12), 102 lettres figurent dans les tomes III à V.
22 HB, p. 450 et 458-459.
23 HB, p. 295.
24 « L’Académie des Sciences était un tribunal qu’on ne pouvait récuser. Le jeune Caron y déposa tous les essais qu’il avait tentés avant de réussir » (HB, p. 7). L’inventaire établi par B. Obitz rappelle qu’il s’agit entre autres d’une lettre du 13 novembre 1753, sans compter celles qu’il fit publier dans le Mercure de France (B. Obitz, op. cit., p. 393-394). Morton n’a pas tenu compte des missives à l’Académie, absentes du tome I de son édition (Correspondance de Beaumarchais, Paris, Nizet, 1969, XXXVIII-249 p.), sans doute en raison du caractère ambigu de ce genre d’écrit (lettre, mémoire ou traité). Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, Linda Gil (dir.), Humanum/IRCL, IDC 1847, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=1847.
25 Comme tous les mémoires envoyés à l’Académie des Sciences, il prend une forme épistolaire : « 13 novembre 1753. A Messieurs de l’Académie royale des Sciences ». Tourneux ne lève pas le voile sur la défense que contient cette lettre à l’Académie. On peut se demander s’il avait vu le document trouvé par Lintilhac qui donne le texte dans les « Pièces justificatives » (n° 6 avec un renvoi aux pages 7 et 31) non sans le couper lorsqu’il est question des « détails techniques » (op. cit., p. 372-375). B. Obitz n’a pas hésité à incorporer ce texte dans son inventaire, sans doute en raison de son caractère hybride : Beaumarchais présente une requête pour défendre ses droits à la paternité d’une invention et, pour ce faire, compose un récit des faits expliquant comment Le Paute a pu s’en emparer, avant de développer des arguments proprement techniques. Cette composition toute rhétorique s’achève par une péroraison dans laquelle se mêlent arguments personnels et scientifiques attestant la traîtrise de Le Paute : « Comparons maintenant la conduite du sieur Le Paute avec la mienne et nos preuves, et voyons ce qui en résulte » (ibid., p. 374). Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 1847, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=1847.
26 C’est le fameux mot rapporté par La Vallière au roi et attribué à Beaumarchais, en réalité de Voltaire : l’attribution est précisée par Gudin et la référence donnée en note par Tourneux (HB, p. 59) : lettre au marquis de Chauvelin du 1er novembre 1762 (Pléiade, tome VI, lettre 7411 ; Besterman D 10791).
27 Voir Lintilhac, op. cit., note 1, p. 81 : « Nous avons retrouvé le récit original de la mésaventure de La Vallière, que Gudin a inséré[e] dans son Histoire de Beaumarchais p. 53. Il est de la main de Beaumarchais et porte en titre : ‘‘Anecdote légère dont la suite a empoisonné plus de dix années de ma vie’’, et en post-scriptum : ‘‘C’est de la chaleur de ces haines envenimées que quinze années après j’ai pris au théâtre la légère vengeance de faire dire à Figaro, définissant les courtisans : ‘‘Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots’’. On juge que ma plaisanterie ne m’a pas remis en crédit auprès des courtisans du dernier roi ».
28 La fin de ce « fragment de lettre » ou de cette « anecdote », comme l’on voudra, semble plutôt avoir quelque parenté avec les mémoires où Beaumarchais plaide sa cause : « De là sont nées les horreurs que l’on m’a fait subir au parlement Maupeou, dont mon courage m’a sauvé. Tel fut le fruit que je tirai d’avoir fait réfléchir le Roi par un avis dont la tournure eut quelque succès à Paris » (HB, p. 5). Faut-il en déduire que ce récit aurait pu servir à la composition d’une œuvre ?
29 Maurice Lever lui-même ne s’avance pas, et se contente de reproduire le texte de Beaumarchais (op. cit., t. I, p. 292-294).
30 Beaumarchais, Correspondance, B. Morton, éd. Nizet, II, lettre 272, p. 49-51. Nous modernisons l’orthographe pour toutes les lettres que nous citons. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 245, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=245.
31 HB, p. 120.
32 Voir note 27. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 245, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=245.
33 Morton, t. II, lettre 272, p. 50. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 245, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=245.
34 Ibid., p. 50-51. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 245, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=245.
35 HB, p. 234.
36 Spinelli, t. V, lettre 767, 26 février 1779, p. 74-. B. Obitz insère cet écrit dans son inventaire (op. cit., p. 419). Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 756, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=756.
37 HB, p. 269.
38 Ibid.
39 Spinelli, t. V, lettre 811 du 4 juin 1779, p. 181-183. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 801, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=801.
40 OC, t. VI, lettre IX, p. 286-300. HB, p. 136-137. Morton, t. II, p. 78-88, notamment p. 84-85. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 256, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=256.
41 Voici ce qu’il écrit à ce sujet : « Il écrit à l’Impératrice et lui demande une audience. Ne connaissant personne à Vienne, et ne voulant pas s’adresser à l’ambassade de France, il porte sa lettre au baron de N*** [Neny], secrétaire de cette souveraine » (HB, p. 137) : la lettre est éditée par Morton (Beaumarchais, Correspondance, Paris, Nizet, t. II, lettre 286 du 20 août 1774, p. 88-89). Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 257, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=257.
42 On rappellera à cet égard que l’Impératrice, mère de la reine Marie-Antoinette, décède en 1780.
43 Morton, t. II, op cit., lettre 300 : « Au roi Louis XVI, 15 octobre 1774 », p. 113. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 268, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=268.
44 HB, p. 137.
45 La lettre fait six pages dans l’édition Morton (ibid., p. 113-118). Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 268, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=268.
46 « J’aurais pu regarder, Sire, comme une espèce de dédommagement de l’erreur où l’on était tombé à mon égard, ou un mot obligeant de l’Impératrice, ou un portrait, ou telle autre chose honorable, mais de l’argent ! Sire, c’est le comble de l’humiliation, et je ne crois pas avoir mérité qu’on m’en fasse éprouver pour prix de l’activité, du zèle, du courage avec lesquels j’ai rempli la plus épineuse commission » (HB, p. 142).
47 HB, p. 111.
48 HB, p. 127.
49 HB, p. 440-441.
50 Ces deux textes se trouvent dans la Sixième Époque, à ces deux détails près que le texte dit, à la place de « toute cette affaire », « cette abominable affaire » et que la lettre de Garat y est fournie in extenso (OC Gudin, tome V, p. 416-418). Notons enfin qu’en 1809, Garat dut s’estimer heureux de ce témoignage.
51 HB, p. II.
52 On songe notamment à l’édition des lettres de Sévigné, Maintenon et Montague. Voir C. Montfort-Howard, Les Fortunes littéraires de Madame de Sévigné au XVIIe et au XVIIIe siècles, Tübingen/Paris, Günter Narr Verlag/Édition Jean Michel Place, 1982, coll. Études littéraires françaises, n° 18 ; É. Francalanza, « Madame de Sévigné à la fin du XVIIIe siècle : un Encyclopédiste contre Voltaire », L’Histoire littéraire : ses méthodes et ses résultats. Mélanges offerts à Madeleine Bertaud, réunis par Luc Fraisse, Genève, Droz, 2001, coll. Histoire des idées et critique littéraire, vol. 389, p. 221-237.
53 HB, p. 154.
54 HB, p. 410-414.
55 HB, p. 298-299.
56 HB, p. 290.
57 HB, p. 383.
58 HB, p. 477.
59 HB, p. 481.
60 HB, p. 122.
61 HB, p. 294.
62 HB, p. 291-292.
63 Il en existe deux éditions, comme le précise Tourneux dans sa note (GB, p. 256) : Observations sur le Mémoire justificatif de la Cour de Londres dédiées à la patrie, par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Armateur & Citoyen françois, s. l., 1779, 64 p. ; Observations sur le Mémoire justificatif de la Cour de Londres dédiées à la patrie, par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, Armateur & Citoyen françois, à Londres, à Philadelphie, et se trouve partout, 1780, 52 p.
64 Observations…, op. cit., 1780, p. 44 sqq.
65 HB, p. 255.
66 HB, p. 257.
67 Besterman D 9507.
68 HB, p. 383-384.
69 HB, p. 384.
70 HB, p. 325-355 et 383-384.
71 Il ouvre sa quatrième et ultime partie par la première représentation du Mariage le 27 avril 1784.
72 HB, p. 409. Il est assez piquant de constater que cette même page comprend deux occurrences du mot tartufe [sic] proches l’une de l’autre : s’il est bien question de La Harpe comme « tartufe littéraire », l’expression « tartufe de probité », qui peut certes référer d’une manière générale au titre du drame de la trilogie L’Autre Tartuffe ou la Mère coupable, reprend littéralement le texte préfaciel « Un mot sur La Mère coupable » dans lequel elle désigne le personnage de Bégearss (voir Beaumarchais, Œuvres, éd. Larthomas, Paris, Gallimard, 1988, coll. Bibliothèque de la Pléiade, p. 600).
73 HB, p. 504.
74 Ibid.
75 Morton édite une version assez différente de cette lettre (t. II, lettre 341, Paris, Nizet, 1969, p. 166-167), mais il ne donne pas sa source. Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 327, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=327.
76 Il les obtient le 12 août 1776 : HB, p. 190 et 192.
77 HB, p. 370.
78 HB, p. 354.
79 HB, p. 188-189.