La correspondance de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais : approches et hypothèses concernant les métadonnées d’un corpus de textes numérisés1
Les papiers de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais constituent sans doute les plus grandes archives personnelles d’une figure majeure du XVIIIe siècle encore non cataloguées ou éditées. Malgré l’existence de plusieurs éditions partielles et de plusieurs ouvrages scientifiques importants, nous en savons peu sur l’étendue et la composition de ces archives. Cet article propose plusieurs hypothèses. Il est guidé par un aperçu plus large de la recherche sur les correspondances et certains développements récents dans ce domaine, pour tenter une analyse préliminaire.
L’analyse qui suit s’appuie sur les métadonnées des 4350 documents uniques, y compris la correspondance active et passive ainsi que d’autres documents dont Beaumarchais fut soit le destinateur, soit le destinataire. Ces documents ont été identifiés à partir d’éditions partielles de la correspondance publiées, de catalogues publiés ou non, et de références ou inférences tirées des ouvrages biographiques depuis le XVIIIe siècle.2 Si cette analyse en est à un stade préliminaire, le présent article propose des hypothèses sur les enjeux de l’étude de la « correspondance Beaumarchais » compte tenu du fait qu’à l’heure actuelle un tel corpus textuel n’existe pas. Ces observations ne cherchent pas à dévaloriser ou à décourager la poursuite d’une telle édition critique et savante de la correspondance de Beaumarchais. Elles visent plutôt à réfléchir à un cadre d’interprétation dans lequel la recherche peut aller de l’avant et produire de nouveaux aperçus, même en l’absence d’un corpus textuel complet.
Une correspondance incomplète : un problème conceptuel
Pour entamer une réflexion sur le problème, nous pourrions nous demander quel est le statut actuel de la correspondance de Beaumarchais et quelles seraient les prochaines étapes pour l’étudier. La sociologue Liz Stanley a soulevé dans de nombreux articles des questions ontologiques, se penchant sur le caractère essentiel de concepts comme « epistolarity », « letterness » et « correspondence ». Elle rappelle que l’étude ne peut se faire que par le travail de collecte et de conservation, qu’elle associe à la capacité scientifique d’interpréter la correspondance en tant que « corpus textuel cohérent ». Elle soutient qu’il n’est possible de parler du document connu comme d’une « correspondance » que s’il possède une structure narrative et des qualités thématiques identifiables. À cette conception traditionnelle d’une correspondance, elle oppose l’idée d’un « epistolarium », qu’elle définit comme un « enregistrement fragmentaire de documents [épistolaires] […] éparpillés dans les archives » en attente d’une sélection de contenu et d’une analyse savante pour devenir une « correspondance ». Un epistolarium peut exister en théorie, même si les lettres n’ont pas été développées en « correspondance », c’est-à-dire un corpus accessible et unitaire. Cependant, pour Stanley, la « correspondance » peut ne pas avoir du tout d’existence conceptuelle3.
Les pistes proposées par L. Stanley reflètent les approches souvent adoptées par des spécialistes en études littéraires du XVIIIe siècle. Ces approches considèrent généralement les « lettres » comme de la « littérature », au sens de belles-lettres, notamment celles de Madame de Sévigné. En revanche, les chercheurs intéressés par la « correspondance », comme celle de Beaumarchais, hésiteraient à accepter l’approche théorique de l’interprétation des « lettres ». Nous trouvons plus utile pour notre part la position de l’historien moderne, qui ne peut prendre pour acquis que les documents ont été conservés dans leur totalité et que la lecture critique d’un texte complet et définitif soit possible. En effet, il n’est pas exclu de croire que toutes les correspondances historiques modernes, au sens où nous l’entendons, ne dépassent jamais le statut d’epistolarium. C’est dire que les archives de l’époque moderne restent intrinsèquement dans un état « inévitablement fragmentaire ». Les experts modernes de la « correspondance » ne peuvent jamais savoir à quelle part de l’epistolarium nous sommes en mesure d’avoir accès.
La phase pionnière de l’étude contemporaine de la correspondance pourrait dater de l’entre-deux-guerres, lorsque les perturbations politiques et économiques ont apporté une quantité sans précédent de livres rares et de manuscrits sur le marché des autographes et que les progrès de la bibliographie au plan international ont rendu beaucoup plus accessibles pour les chercheurs les connaissances portant sur des écrits restés inconnus jusqu’alors. Le travail essentiel était d’obtenir un corpus complet sous forme de collection et un catalogue de la collection. L’exemple le plus marquant en est l’édition de William Sheridan Lewis des papiers d’Horace Walpole conservés à l’Université de Yale. Son succès éditorial inspira par la suite une édition de la correspondance de James Boswell4. Bien que ces éditions traitent les textes davantage comme des documents historiques que comme des productions littéraires, le principe organisateur était un classement en fonction des correspondants ou un classement thématique, la présentation chronologique des lettres venant en seconde position.
L’approche chronologique s’est imposée dans les années 1950 dans nombre d’éditions des papiers personnels des premiers dirigeants politiques (les « founders ») des États-Unis. Ces correspondances étaient considérées avant tout comme des archives de l’histoire politique et diplomatique, écartant l’analyse littéraire. Le programme initial dans ce paradigme était la compilation et l’édition des lettres de Benjamin Franklin, réalisées sous le parrainage de l’American Philosophical Society, dont le premier volume parut en 1959 et dont 43 des 46 volumes projetés ont été publiés jusqu’à présent. Cette édition, et six programmes similaires menés dans les années 1950 et 1960, ont été combinés dans une entreprise éditoriale plus vaste, sous les auspices de la National Historic Publications and Records Commission des National Archives of the United States, en partenariat avec les presses universitaires de Yale, Princeton et de l’Université de Virginie. Cette collection comprend désormais 184 000 documents qui, depuis 2010, sont entièrement accessibles en ligne5.
À la lumière de cette réalisation éditoriale, il serait compréhensible que les chercheurs et le grand public en soient venus à penser à une « correspondance » du XVIIIe siècle non pas comme une œuvre littéraire mais comme un corpus de texte achevé, complet et donc logiquement lisible. Cette conception, novatrice au milieu du XXe siècle, a inspiré les plus importantes éditions de correspondances de cette époque dans le domaine des études françaises, à commencer par l’édition critique de la correspondance de Voltaire initiée par Theodore Besterman en 1953. Besterman connaissait bien l’histoire éditoriale de la correspondance de Voltaire, dont le nombre de documents connus avait effectivement doublé avec chaque édition, passant de 4000 dans les années 1780 à plus de 10 000 à la fin du XIXe siècle, puis à près de 15 000 en 1950. Besterman a également reconnu que près de la moitié des lettres écrites à, par ou pour Voltaire de son vivant avaient été perdues par les caprices du temps passé entre la mort de l’auteur (en 1778) et le lancement de sa propre édition (en 1954). Loin d’être un critique littéraire, Besterman a néanmoins abordé la « correspondance » éditée comme un corpus textuel fini qui avait une existence distincte de l’archive fragmentaire ou epistolarium. Peu enclin à l’humilité intellectuelle, Besterman a décrit sa deuxième édition, publiée entre 1968 et 1977, comme étant l’édition définitive6. Ce modèle a également inspiré les éditions critiques des éditions de correspondances françaises du XVIIIe siècle lancées dans les années 1970 à 1990, telles que celles de Jean-Jacques Rousseau, de Françoise de Graffigny et de Pierre Bayle.
Cependant, depuis les années 1990, le domaine de l’érudition relative à la correspondance moderne est entré dans une nouvelle phase où la « correspondance » n’est conçue ni comme un texte littéraire ni comme un corpus textuel complet de documents historiques. Les chercheurs ont à la fois élargi l’utilisation de la correspondance et se sont confrontés à la nécessité de travailler avec un corpus lacunaire. Il est moins question d’interpréter la « correspondance » comme un texte que de l’utiliser pour reconstituer un réseau de relations sociales, dont les manuscrits disponibles ne fournissent qu’un témoignage partiel. On parle moins de lecture littéraire du corpus que de l’identification, de la vérification, de la validation, de la désambiguïsation et de la déduplication, et on est moins concerné par l’établissement du contenu du corpus que par la saisie des données, l’annotation et la séquence des textes. Ce travail de reconstitution des correspondances de l’époque moderne compte parmi les réalisations les plus remarquables et les plus influentes de la dernière génération de recherche savante.
Cette nouvelle approche, dirions-nous, s’apparente davantage à l’idée de ce qui constitue une correspondance à l’époque moderne. En effet, comme le souligne Nicholas Cronk, le directeur de l’édition des Œuvres complètes de Voltaire à la Voltaire Foundation, dans un ouvrage sur l’interprétation de la correspondance de Voltaire, l’idée de la « correspondance » comme texte unitaire et intégral est bel et bien une construction née de la confluence des tendances intellectuelles et scientifiques à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale : « La correspondance comprise comme un recueil intégré et organisé de toutes ses lettres n’est pas quelque chose que Voltaire aurait voulu publier ; il n’est en aucun cas certain qu’il aurait même compris le concept ». Cette conception qui a tant inspiré le travail de Besterman n’a pas été confirmée, car des centaines de lettres supplémentaires ont été identifiées, dont certaines seulement ont été éditées et publiées, depuis la parution de l’édition dite « définitive ». D’autres lettres ont été identifiées comme ayant été détruites par la suite, et d’autres encore pourraient rester toujours à recouvrer7.
Ainsi, l’idée de « correspondance » est devenue pour les chercheurs actuels de l’histoire intellectuelle et littéraire moderne un corpus ouvert et non clos. Un tel changement de mentalité informe bon nombre des grands projets éditoriaux en cours, notamment les groupes travaillant sur la correspondance de Jean Le Rond D’Alembert, de Denis Diderot, de Condorcet, de d’Holbach et potentiellement, de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais. Ces projets ont pour défi et opportunité d’aborder ce que signifie étudier une « correspondance » avant même que le corpus textuel n’ait été identifié, organisé ou édité. Par exemple, Irène Passeron, écrivant sur la question « Comment lire la correspondance de D’Alembert », note qu’en 2018, on estime que seulement la moitié des lettres connues ont été publiées et que celles-ci sont « dispersées parmi plusieurs publications », de sorte qu’aucun effort soutenu de validation ou de déduplication n’a été possible.
De plus, les indications de dates, de lieux et de personnes restent non vérifiées et incomplètes. Face à cet état des choses, Passeron se demande : « Comment donc organiser et analyser ce corpus pour rendre compte de la construction derrière cet échange de lettres ? »8 Pour répondre à sa propre question, elle note que la valeur de la correspondance ne consiste pas seulement dans le travail de catalogage et d’édition des quelques 2000 lettres envoyées par D’Alembert ou reçues par lui, mais à noter l’importance de la dimension sociale que nous découvrons en considérant l’étendue sociale, géographique et temporelle de son réseau de correspondance. Elle soutient en outre que les questions cruciales ne concernent pas seulement la cohérence textuelle ou le sens des lettres, mais la dynamique historique qui peut être explorée à travers leur étude : mouvement à travers le temps et l’espace, évolution de l’identité et des relations sociales, et composition d’un texte qui partage en commun des passages avec d’autres sources contemporaines. Elle conclut alors que même lorsque le texte d’une lettre – ou le corps entier d’une correspondance – n’est pas disponible, c’est l’identification du destinateur et du destinataire ainsi que la trajectoire temporelle et chronologique de la lettre en tant qu’artefact matériel qui « constituent les éléments incontournables sur lesquels fonder une analyse ».
Par conséquent, le travail crucial pour les chercheurs est avant toute chose d’établir ces éléments, puis de les utiliser pour organiser un corpus qui reste implicite plutôt qu’actuel. « Éditer une correspondance » de la période moderne, rappelle Passeron, « c’est plus que rassembler les lettres qui la composent ». C’est un processus de comptabilisation des choix et des significations qui se sont accumulées autour de ces textes au cours des deux cents ans ou plus qui nous séparent des documents originaux, plutôt que d’essayer d’effacer cet effet en concevant l’objectif comme une édition « définitive » de la correspondance.
De la « correspondance » comme corpus textuel aux métadonnées
Les remarques précédentes ont pour but d’inviter ceux qui s’intéressent à l’étude de la correspondance de Beaumarchais à s’engager dans l’espace liminal entre archive fragmentaire et correspondance définitive. Plutôt que de se lamenter sur l’absence d’une partie manquante des archives, nous pouvons poser de nouvelles questions, même si nous ne disposons pas de l’intégralité du corpus. Pour opérer ce changement conceptuel, les chercheurs doivent porter une attention particulière à ce qui était auparavant considéré comme un sous-produit nécessaire des études de correspondances, les métadonnées. Ces questions ont été soulevées dans nombre d’ouvrages qui poursuivent à la fois des approches solidement établies de l’étude d’une correspondance en tant que dossier documentaire et des approches nouvelles à la recherche d’un réseau social9.
Ce n’est pas par hasard que N. Cronk et I. Passeron, tous deux, ont offert leurs remarques citées précédemment dans le cadre des travaux sur la lecture des correspondances numérisées. À cet égard, la transformation conceptuelle de l’étude des correspondances reste étroitement liée aux questions méthodologiques soulevées par le passage à l’édition scientifique numérique. L’environnement d’une édition numérique nécessite assurément différents outils et modes d’approche10. Il permet également de nouvelles méthodes de collecte et d’analyse des métadonnées glanées au fur et à mesure de la préparation des textes épistolaires. Comme l’ont écrit Chloe Edmondson et Daniel Edelstein, « la numérisation des correspondances a été une double aubaine, d’abord en termes d’accessibilité et de recherche des collections de lettres, mais aussi pour la production de métadonnées. En effet, l’un des avantages secondaires de ces projets de numérisation est la création de feuilles de calcul remplies de noms, de dates, de lieux et de relations »11.
Pour ceux qui souhaitent poursuivre un nouveau programme d’édition de correspondance, comme celle de Beaumarchais, les possibilités intellectuelles les plus intéressantes se situent dans l’étude des relations intertextuelles, sociales, géographiques et chronologiques, des interrelations, des comparaisons et des associations entre des collections distinctes de « correspondances ». Le rêve d’une « lecture attentive » d’un corpus textuel intégral doit être reporté, parce qu’un tel corpus, même qualifié de « définitif », n’est cohérent et complet que dans l’imaginaire collectif. Plusieurs programmes importants effectués en collaboration, basés en grande partie si ne n’est entièrement sur les correspondances de l’époque moderne, nous montrent à quel point l’établissement d’une archive de correspondance doit être considéré comme un processus toujours en cours et comment nous pouvons bénéficier, au lieu d’en souffrir, du fait que l’ampleur d’une correspondance savante historique ne pourra jamais être connue. Ces projets vont au-delà de l’objectif de produire un corpus de texte unique. Ils s’organisent autour du principe qui veut que les inventaires des lettres et les métadonnées qu’ils contiennent soient des instruments de travail aussi précieux que le texte même des lettres.
Ces métadonnées comprennent les noms et la localisation de l’auteur et du destinataire, les formes sous lesquelles se présentent les documents, la date de composition et le répertoire éventuel dans lequel il a été ou peut encore être consulté. Un examen approfondi des problèmes historiques, textuels et organisationnels inhérents à l’étude de ces métadonnées, et de la manière dont elles pourraient être analysées, a été l’un des domaines les plus intéressants de la recherche historique sur la période moderne de ces dernières années. Ces programmes de recherche méritent donc d’être examinés, car collectivement, ils mettent en évidence le potentiel d’une telle approche pour l’étude de la correspondance de Beaumarchais, indiquant les directions dans lesquelles la recherche pourrait s’aventurer en l’absence d’archives complètes. Chacun des programmes de recherche abordés ci-dessous met en évidence un aspect différent de ce travail collectif, numérique et axé sur les métadonnées.
Le premier de ces programmes traite des correspondances de neuf hommes de science hollandais du XVIIe siècle. Il met en valeur l’efficacité des diverses fonctions qui permettent au lecteur d’interroger en même temps les métadonnées et le corpus textuel. Le « Circulation of Knowledge Collaboratory on Correspondence » (CKCC) ne distingue pas dans sa conception entre la collation et la conservation des lettres, la publication de la correspondance et l’analyse des métadonnées. Il se fixe plutôt comme but « de localiser, reproduire, collecter, décrire, cataloguer, transcrire, éditer, analyser et visualiser les textes eux-mêmes, et extraire des métadonnées géographiques et chronologiques pour les réseaux qu’ils constituent. De plus, [...] établir des liens avec les (méta) données d’autres programmes [de recherche] [...] permet aux chercheurs de répondre à des questions et de tester des hypothèses qu’ils ne pouvaient probablement pas traiter auparavant, mais qui sont d’une importance capitale pour comprendre la diffusion et la nature de la recherche scientifique et de la communication dans la République des Lettres ». Le point culminant de cette approche est l’outil de recherche à multiples facettes nommé « ePistolarium » qui permet au chercheur d’interroger la base de données par destinateur, destinataire, lieu, date ou éléments textuels et de visualiser instantanément les résultats12.
Un deuxième programme de recherche à noter est le Early Modern Letters Online (EMLO), inauguré la même année que CKCC (2009) par un groupe international sous le titre « Cultures of Knowledge ». Ce programme fait ressortir la portée scientifique de l’accumulation d’une vaste base de données interactives qui comprennent les métadonnées de nombreux catalogues de correspondances. Or, EMLO comprend 145 inventaires de correspondances, englobant plus de 170 000 documents couvrant la période allant de la Renaissance aux Lumières. L’objectif principal de EMLO n’est pas la publication de correspondances individuelles en soi, mais de créer un « catalogue syndical collaboratif et open source et (si possible) des archives de lettres savantes, vers lesquelles une communauté internationale dispersée d’universitaires, de projets et de référentiels peut apporter activement du matériel, de l’énergie, des informations et de l’expertise ». Un trait remarquable de EMLO est qu’il ne se base pas sur des éditions de correspondances déjà existantes. En effet, les documents référencés dans l’inventaire n’ont, en grande partie, pas encore été reproduits à partir des archives. Ce programme de recherche ébranle donc la distinction conceptuelle entre epistolarium et correspondance.
Une contribution majeure du domaine découlant des projets CKCC et EMLO a été la normalisation des protocoles d’enregistrement, de stockage et de localisation des métadonnées relatives à une personne, une date, un lieu ou un référentiel en particulier. Ces protocoles permettent aux chercheurs et à leurs lecteurs éventuels de collaborer à travers des catalogues de correspondance. Pour ce faire, EMLO et ses contributeurs ont développé une gamme d’outils afin d’affiner et d’enregistrer ces données, répondant à de nombreuses questions épineuses inhérentes à la référence aux noms de personnes et de lieux ainsi qu’aux calendriers de l’ère moderne. En se penchant sur ces questions, ce groupe a été en mesure de réaliser un travail majeur, Reassembling the Republic of Letters, qui explore en profondeur le vaste éventail de réseaux d’associations intellectuelles à travers l’Europe moderne13.
Un troisième programme de recherche à prendre en considération est le Six Degrees of Francis Bacon, particulièrement remarquable pour sa fonctionnalité de visualisation des données en temps réel par les utilisateurs. Il ne s’agit ni d’une édition ni d’un inventaire de la correspondance, mais d’un ensemble de données et d’un outil de visualisation basé en grande partie sur les métadonnées de correspondances. Le but est de produire « une reconstruction numérique du premier réseau social » du siècle autour de Lord Verulam. Ce qui est intéressant pour mon propos ici est que ce programme implique un ensemble extensible de données, permettant aux collaborateurs potentiels de fournir des données sur les relations sociales et, une fois vérifiées, d’altérer le travail scientifique. Les nouveaux contributeurs peuvent provenir « d’érudits et d’étudiants du monde entier » et, qui plus est, leurs contributions peuvent découler de la découverte de sources nouvelles. Autrement dit, c’est une conception de la correspondance d’érudits qui implique qu’il n’est pas nécessaire ni possible d’avoir un corpus textuel complet pour que les découvertes scientifiques soient valides. En outre, l’ensemble de données sous-jacentes, tel qu’il existe à tout moment, est à la disposition des utilisateurs. Le but même du projet est d’inciter à la recherche de nouvelles sources, plutôt que de présumer qu’il faut disposer d’un corpus stable de sources pour que l’entreprise scientifique soit en mesure d’être publiée. Comme l’écrivent ses rédacteurs, « Contrairement à l’œuvre publié, Six Degrees est extensible, collaboratif et interopérable : extensible en ce sens que les personnes et les associations peuvent toujours être ajoutées, modifiées, développées ou supprimées ; collaboratif en ce qu’il synthétise le travail de nombreux chercheurs ; interopérable en ce que le nouveau travail sur le réseau est mis en relation immédiate avec les relations précédemment étudiées »14.
Tandis que CKCC, EMLO et Six Degrees se sont concentrés sur les XVIe et XVIIe siècles et, par conséquent, sur des archives de taille relativement restreinte, notre quatrième exemple, Electronic Enlightenment, englobe quant à lui plus de 80 000 lettres du XVIIIe siècle. Bien que ce programme de recherche ne fournisse pas de nouveaux outils pour les contributeurs ou pour l’analyse des données pour les utilisateurs, EE offre tout de même un bel exemple d’un travail qui met en valeur une vaste gamme de données. EE ne nous propose pas de « bibliothèque électronique de lettres reproduites numériquement », mais un « réseau dynamique de documents interconnectés »15.
La valeur d’un dossier de grande envergure est évidente dans l’exemple suivant, Mapping the Republic of Letters. Ce programme de recherche s’appuie sur les métadonnées de la correspondance de Voltaire et sur d’autres correspondances de l’époque des Lumières16. L’approche y est pluridisciplinaire et collaborative et l’analyse se concentre sur la répartition géographique, chronologique et sociale des réseaux. Ces chercheurs opèrent en fonction de deux dimensions. D’abord, ils traitent des catalogues spécifiques de correspondances tels que celles de John Locke, de Benjamin Franklin et, le plus pertinent pour notre discussion, de Voltaire. Bien que leurs analyses découlent de la conservation et de la publication des textes de correspondances, leurs approches ne présument en rien que leurs sources constituent le texte complet d’une correspondance donnée. Chaque étude de cas prend en compte à la fois le corpus disponible et les conditions historiques dans lesquelles il a été produit et sous lesquelles il est mis à la disposition des chercheurs. Ensuite, pour chacune de ces correspondances, ils traitent des métadonnées à travers différents catalogues afin de reconstituer les différents réseaux qu’ils ont révélés. Dans une étude de cas particulièrement frappante, l’équipe a analysé les métadonnées de plus de 7000 personnages identifiés dans l’ensemble des données Electronic Enlightenment, à partir desquels ils ont filtré 1994 individus identifiés comme des « Français ». Grâce à des recherches plus poussées, le groupe a affecté chaque individu à une ou plusieurs catégories sociales (sur un total de cinq proposées), 11 « réseaux de connaissances » et 16 groupements professionnels. En déployant ce schéma d’organisation, les auteurs ont dépassé la distinction implicite entre les réseaux de correspondances diplomatiques ou politiques et les réseaux littéraires ou érudits.17 Cet exemple illustre non seulement les résultats permis par une telle approche, mais aussi les nouvelles voies de recherche qu’elle pourrait inspirer18.
Les travaux décrits ci-dessus, fort avancés si ce n’est achevés, constituent une base solide sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour concevoir un nouveau programme de recherche, construit autour d’une archive encore fragmentaire comme la correspondance de Beaumarchais. Ces travaux font ressortir quatre types de métadonnées qui surgissent dans la compilation et l’analyse de la correspondance moderne ; des protocoles doivent être élaborés pour identifier les lettres elles-mêmes, les personnes qui font partie du réseau de correspondance, les lieux d’où et vers lesquels les lettres ont été envoyées et les dates associées à chacune d’entre elles.
La question essentielle est de déterminer quelles formes de documents doivent être considérées comme étant du ressort de la correspondance. Ces travaux procèdent tous avec une définition plus vaste que celle de simples lettres envoyées à et par un individu en particulier. Un important corpus de réflexion se présente alors sur les différentes formes que peut revêtir un document, y compris brouillons ou transcriptions, lettres destinées à être lues à voix haute ou imprimées, correspondance officielle, œuvres littéraires sous forme épistolaire, etc.
Le deuxième type significatif de métadonnées est constitué par toute indication concernant les personnes impliquées dans une correspondance. La majeure partie de la discussion qui précède se concentre sur la prosopographie et l’analyse de réseau, qui nécessitent l’identification des individus et la clarification des noms personnels. Ce travail exige aussi un effort de déduplication car on sait bien que de nombreuses lettres étaient signées ou adressées en utilisant des pseudonymes, des noms partiels ou sans nom du tout. Ce travail requiert donc l’élaboration d’un fichier des individus qui fasse autorité. Bien qu’il n’existe pas de fichier unique faisant autorité pour tous les premiers auteurs de lettres modernes, il existe de nombreux ensembles de données sur des épistoliers particuliers, parmi lesquels EMLO et EE sont certainement les plus importants.
Un troisième type de métadonnées est celui des noms de lieux, qui posent des défis spécifiques aux chercheurs. Non seulement les noms de lieux changent-ils avec le temps, tout comme les juridictions politiques et administratives dans lesquelles ils s’inscrivent, mais les limites et l’emplacement géographique même connaissent aussi des transformations. Relever ces défis crée un grand potentiel, en raison de la capacité des Systèmes d’information géographique (SIG) de permettre la visualisation de l’étendue géographique d’un réseau de correspondance.
Un quatrième type de métadonnées, les dates, soulève également des questions complexes. La convention de datation d’une lettre n’est apparue qu’irrégulièrement à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. En outre, le format, l’emplacement et la signification prévue de la date apposée sur une lettre ont varié grandement chez les écrivains du XVIIIe siècle et les secrétaires qui composaient et notaient les lettres. Dans un grand nombre, voire la majorité, des lettres du XVIIIe siècle existantes, aucune date n’est indiquée, en sorte que les dates doivent être déduites ou estimées, parfois de façon approximative. Par ailleurs, lorsqu’une date apparaît sur une lettre, l’interprétation de cette date entraîne de multiples questions. Le calendrier utilisé par l’auteur de la lettre doit être vérifié. Il faut déployer des efforts pour convertir les dates en raison d’une seule norme, et les abréviations pour les noms de mois ou de jours doivent être sujettes à caution, car elles n’ont pas fait l’objet d’une standardisation. Ce à quoi il faut ajouter que la date de composition peut s’écarter considérablement de la date à laquelle la lettre a été envoyée, reçue ou lue.
Hypothèses préliminaires sur les métadonnées de la correspondance de Beaumarchais
Que pouvons-nous donc tirer de ce survol pour alimenter le programme de recherche sur la correspondance de Beaumarchais ? De toute évidence, les « archives fragmentaires » de l’epistolarium restent d’une ampleur et d’une portée inconnues. Conjointement, concevoir un travail d’identification et de sélection des lettres en vue de produire une éventuelle édition « définitive » d’une correspondance serait de peu d’utilité. La question qui se pose est plutôt de savoir comment initier le programme à partir des informations dont nous disposons actuellement sur les documents dont l’existence est connue.
Tout d’abord, considérons la portée relative de la correspondance de Beaumarchais, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Comme indiqué ci-dessus, notre analyse préliminaire a pu identifier 4350 documents, y compris des documents non épistolaires. (Nous avons écarté 31 documents identifiés comme étant des doublons probables ou des objets ambigus.) Parmi ceux-ci, 2632 semblent être des lettres actives, expédiées par Beaumarchais lui-même ou de sa part. Cette estimation, bien que manifestement provisoire, dépasse les 1495 lettres actives identifiées par B. Obitz, dont l’analyse reposait uniquement sur des lettres précédemment publiées. Sur nos 4350 documents référencés, 1634 semblent être des lettres passives, envoyées à Beaumarchais ou à son attention par un intermédiaire ; 84 semblent être des documents non épistolaires (Figure 1).
Figure 1 : Estimation des classes de documents

À partir de ces données, nous pouvons faire une estimation préalable quant au volume du corpus entier des lettres, y compris celles qui restent à identifier. En supposant que chaque objet dans notre base de données représente une lettre réelle, nous pouvons suggérer un minimum de 4266. Pour établir un maximum, nous pourrions référer à l’estimation effectuée par Brian Morton de 20 000 lettres dans l’introduction au premier volume de son édition de la Correspondance. Si jamais un inventaire raisonnablement complet devait être fait, il se pourrait que la correspondance de Beaumarchais se situe dans une fourchette allant de 5000 à 10 000 documents, soit parmi les plus importantes archives du début de la période moderne. Ce serait inférieur aux collections les plus complètes, telle la correspondance de Voltaire (21 221 documents) et les papiers de Franklin (plus de 19 500 documents publiés à ce jour), mais la correspondance de Beaumarchais pourrait égaler en quantité les autres plus grandes correspondances conservées, celles de Jean-Jacques Rousseau, Johan de Witt et Hugo Grotius (entre 8000 et 9000 lettres chacune). La correspondance de Beaumarchais dépassera presque certainement en volume les correspondances de Françoise de Graffigny (2518) et de Pierre Bayle (1405) (Figure 2).
Figure 2 : Taille des archives de correspondances majeures du XVIIIe siècle

Nous pourrions ensuite nous pencher sur l’étendue du réseau des correspondants de Beaumarchais. Jusqu’à ce jour, suite à un travail de clarification, de déduplication et de validation concernant uniquement les noms d’individus (excluant donc les noms corporatifs et fictifs), nous avons identifié 966 valeurs uniques. Sur nos 4266 lettres, cela donne un ratio de 0,23 correspondant par document. À titre de comparaison, B. Obitz identifie 330 destinataires parmi les 1495 lettres qu’elle a étudiées – soit un ratio très semblable de 0,22 correspondant par document. Un deuxième échantillon plus restreint, les 175 lettres de Beaumarchais qui apparaissent dans Electronic Enlightenment, ne concernait que 32 correspondants, pour un ratio de 0,18. À titre comparatif, un échantillon de 3443 lettres du fonds Franklin impliquait 774 personnes (0,22, identique au résultat obtenu pour Beaumarchais). Pour ce qui est de la correspondance de Voltaire, qui se compare mal à celles de ses contemporains, elle comprend 18 040 lettres pour lesquelles 1423 correspondants peuvent être identifiés, fournissant un ratio beaucoup plus faible de 0,0819.
Une fois les données affinées et un fichier d’autorité des noms établi, il devrait alors devenir possible d’analyser plus complètement la composition sociale du réseau de correspondance. Parce que Beaumarchais n’était pas avant tout un homme de lettres, on peut émettre l’hypothèse que son réseau de correspondance aura une composition sociale très différente de celles retracées dans les correspondances des grandes figures des Lumières étudiées à ce jour, comme Voltaire, Rousseau ou Graffigny. En utilisant par exemple les schémas développés par les équipes de recherche citées ci-dessus, nous pourrions trier les membres du réseau Beaumarchais en groupements pour effectuer une comparaison entre la géographie, le statut social, l’affiliation professionnelle, l’identité confessionnelle et le domaine de connaissances. Ce travail est susceptible de générer une vision très différente de la vie socioculturelle du XVIIIe siècle. On pourrait s’attendre à y voir moins de participants aux salons, aux académies et autres institutions savantes, et davantage de nobles, courtisans, officiers d’État, hommes politiques, gens de théâtre, gens du livre et partenaires commerciaux.
L’analyse de la dispersion géographique de la correspondance de Beaumarchais offre un autre champ de découvertes. Il faudra cependant un lourd travail pour identifier les noms de lieux à partir des lettres connues, ainsi que des recherches dans les sources de références biographiques et historiques quant à la localisation de Beaumarchais et ses correspondants avec la datation des lettres. Nous espérons que cette tâche pourra être facilitée par les travaux en cours entrepris par Katherine McDonough et ses collègues sur les possibilités offertes par une interrogation computationnelle pour reconnaître les noms de lieux dans un texte20.
Il vaut la peine de répéter que nous pouvons escompter des résultats fructueux même en l’absence d’un corpus complet de textes ou d’un ensemble complet de métadonnées pour les documents disponibles. Les perspectives comparatives sont attrayantes. Alors que la cartographie du réseau de correspondance de Voltaire manque manifestement de nœuds en Grande-Bretagne, dans les colonies nord-américaines, aux Pays-Bas et en Espagne, la correspondance de Beaumarchais est susceptible de révéler quels sont ces lieux. La cartographie de la correspondance de Beaumarchais combinée avec celle d’autres réseaux de correspondance contemporains serait susceptible d’offrir une image très différente de l’étendue géographique et de la forme du réseau social tracée par la correspondance du XVIIIe siècle.
La distribution de la correspondance à travers le temps peut également s’avérer intéressante. B. Obitz a effectué une première tentative dans la voie d’une telle analyse, dans un graphique de son livre basé sur des lettres déjà publiées. Il se peut que son échantillon accorde trop de poids aux années couvertes par les éditions de B. Morton et D. Spinelli, avec une attention particulière portée à la Révolution américaine (1776-1783) et à « l’affaire des fusils de Hollande » (1792). En effet, B. Obitz identifie les années de pointe pendant ces événements, notamment en 1776, 1778, 1780 et 1792. Notre analyse, fondée sur un ensemble plus large de 4135 documents que nous pouvons dater, donne des résultats préliminaires compatibles avec ceux de B. Obitz, avec les années de pointe en 1777, 1780 et 1792 (Figure 3).
Figure 3 : Évolution du nombre de documents par an

Sur la base de cette analyse de l’intensité chronologique, on pourrait avancer que les archives qui ne sont pas encore inventoriées, c’est-à-dire l’epistolarium, seraient vraisemblablement beaucoup plus abondantes pour les dernières décennies de la vie de Beaumarchais, et en particulier les années à compter de 1785 jusqu’en 1792. On constate que la courbe de notre graphique plonge même si ce furent des années particulièrement actives pour lui. Au fur et à mesure que nous progressons dans notre analyse et que nous sommes en position de préciser davantage la chronologie des documents connus, et potentiellement d’ajouter plus de données à mesure que les chercheurs ont accès à des documents auparavant inconnus, il est possible de prédire avec un plus grand degré de certitude les années pour lesquelles nous sommes susceptibles de découvrir plus de documents.
Le fait que, contrairement à la plupart des grandes correspondances du XVIIIe siècle, celle de Beaumarchais se prolonge dans la décennie révolutionnaire soulève d’importantes questions pour l’interprétation scientifique des métadonnées. Il faut être attentif aux changements survenus après 1789 dans les appellations des dates (conversion des dates du calendrier révolutionnaire en grégorien), des noms de lieux et des noms propres. Par conséquent, le travail de raffinement des données, y compris la clarification, la déduplication et la validation des métadonnées issues des documents, nécessitera l’expertise de spécialistes de cette période. Bien que fréquemment abordées par les historiens de la Révolution française, les questions sur le changement des dates, des noms et des lieux après 1792 le sont rarement dans les recherches sur les correspondances du XVIIIe siècle21.
Une dernière approche méthodologique pourrait générer des résultats significatifs, même en l’absence d’une archive complète ou entièrement organisée, ou dans une situation dans laquelle l’archive de travail peut ne pas être légalement disponible pour fins de publication en raison de droits d’auteur ou d’autres problèmes. Cette approche consiste en la modélisation de thèmes, c’est-à-dire l’étude des fréquences et des relations entre les mots dans un texte à partir de la probabilité mathématique que certains mots-clés se trouvent suffisamment rapprochés dans le texte. Bien qu’une telle analyse ne donne pas toujours des résultats satisfaisants, elle offre néanmoins dans ce cas un potentiel de comparaison avec des analyses déjà menées sur d’autres correspondances majeures22.
Le modèle de la table d’information sur laquelle les données sont collectées a été adapté à partir de l’outil créé par EMLO. L’importance d’une telle approche a été démontrée par les nombreux projets que nous avons exposés. Une des caractéristiques les plus significatives de cette ligne de recherche sur les métadonnées de la correspondance est celle qui invite à un travail en partenariat. Il nous reste à formuler le voeu que le programme de recherche décrit ci-dessus sera source d’échanges et de collaborations avec le projet collectif d’inventaire et d’édition de la correspondance de Beaumarchais initié lors du colloque tenu en décembre 2019 à l’Institut de Recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières de Montpellier, d’où sont tirés les essais de ce volume.
Ce n’est donc pas seulement pour les lettres de Beaumarchais en tant que telles que nous entreprenons ce travail, nous le faisons également en vue d’une collaboration permanente, internationale et interdisciplinaire à travers laquelle nous pouvons espérer incarner les valeurs des Lumières.
Gregory S. Brown
Université du Nevada, Las Vegas
1 Certains des éléments abordés ici ont été présentés lors du colloque Digitizing Enlightenment III (Oxford, juillet 2018), co-organisé par le groupe Cultures of Knowledge et la Voltaire Foundation. Je tiens à remercier pour leur aide dans la conception et le lancement de ce projet de recherche et dans le développement de l’ensemble des données préliminaires et des premières étapes de l’analyse décrites ci-dessous, Dakota Ciolkosz, Melanie R. Conroy, Miranda Lewis, Glenn Roe, Donald C. Spinelli et Geoffrey Turnovsky. Je tiens également à remercier le College of Liberal Arts de l’Université du Nevada, Las Vegas, et la Voltaire Foundation de l’Université d’Oxford pour leur soutien.
2 Sur ce sujet, nous nous référons aux ouvrages suivants : Bénédicte Obitz, Beaumarchais en toutes lettres : identités d’un épistolier (Paris, Honoré Champion, 2011), Brian Morton et Donald C. Spinelli, Beaumarchais : A Bibliography (Ann Arbour, MI, Olivia & Hill, 1988) et leur édition inachevée, Correspondance de Beaumarchais (Paris, Nizet, 1969-1978, 4 vol.). Notre estimation de 4350 documents uniques s’appuie sur ces ouvrages de référence, ainsi que sur l’inventaire inédit composé par Donald Spinelli pour la période 1780-1799.
3 Liz Stanley, « The Death of the Letter : Epistolary Intent, Letterness and the Many Ends of Letter Writing », Cultural Sociology, N° 9 (2), (2015), p. 240-255 ; « The Epistolarium : On Theorizing Letters and Correspondences », Auto/Biography, N° 12 (3), (2004), p. 201-235. Voir aussi Kelsey Rubin-Detlev, The Epistolary Art of Catherine the Great, Oxford University Studies in the Enlightenment, N° 08, (2019), p. 33-34.
4 W. S. Lewis (dir.), The Yale Edition of Horace Walpole’s Correspondence (New Haven, Yale University Press, 1937-1984), 48 vol.; Lewis, A Collector’s Progress, New York, Knopf, 1951 ; One Man’s Education, New York, Knopf, 1968, p. 254-315. Les neuf volumes de The General Correspondence of James Boswell ont paru entre 1966 et 2006. Sur l’histoire éditoriale du fonds Boswell, voir Frederick A. Pottle, Pride and Negligence, New York, McGraw-Hill, 1982.
5 The Papers of Benjamin Franklin, New Haven, Yale University Press, 1959- , 47 vol.; National Archives, Founders Online : Correspondence and Other Writings of Seven Major Shapers of the United States, <https://founders.archives.gov/> consulté le 1er mai 2021.
6 Theodore Besterman, « Le vrai Voltaire par ses lettres », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, vol. 10 (1959), p. 17.
7 Nicholas Cronk et Glenn Roe, Voltaire’s Correspondence : Digital Readings, Cambridge, Cambridge University Press, 2020, p. 3-4 ; N. Cronk, « Voltaire and the chevalier de Jaucourt : the lessons of an epistolary corpus », Revue Voltaire, N° 16 (2016), p. 215–227 et « Voltaire’s correspondence network : questions of exploration and interpretation », dans Ch. Edmondson et Edelstein (dir.), Networks of Enlightenment: Historical Approaches to the Republic of Letters, Oxford, Voltaire Foundation, 2019, p. 23-46.
8 Irène Passeron, « How to Read the D’Alembert Correspondence ? », Centaurus, N° 59 (4), (2017), p. 274-284.
9 Lorraine Daston, « The ideal and reality of the Republic of Letters in the Enlightenment », Science in Context, N° 4 (2), (1991), p. 367-386.
10 Richard Walter et al., L’Édition numérique de correspondances : guide méthodologique (Consortium Cahier, 2018), https://cahier.hypotheses.org/guide-correspondance.
11 Ch. Edmondson et D. Edelstein, « Historical network analysis and social groups in the Enlightenment », dans Ch. Edmondson et Edelstein (dir.), Networks of Enlightenment, op. cit., p. 2-3. Voir aussi les quatre études de cas présentées dans ce volume, qui s’appuient sur les correspondances afin de comprendre les réseaux sociaux, celui de Voltaire, de Catherine la Grande, de Francesco Algarotti et de Jacques de Pérard (p. 23-138).
12 Erik-Jan Bos, et al., « Circulation of Knowledge and Learned Practices in the 17th century Dutch Republic. A web-based Humanities Collaboratory of Correspondences », 2009-2013, <http://ckcc.huygens.knaw.nl/> consulté le 1er mai 2021.
13 Howard Hotson et Miranda Lewis (dir.), Early Modern Letters Online, http://emlo.bodleian.ox.ac.uk consulté le 1er mai 2021 ; Howard Hotson et Thomas Wallnig (dir.), Reassembling the Republic of Letters in the Digital Age, Göttingen, Universitätsverlag Göttingen, 2019.
14 « Francis Bacon Network [2, 1562-1626, 61-100%] », Six Degrees of Francis Bacon. <http://www.sixdegreesoffrancisbacon.com/about> consulté le 3 octobre 2022. Nous traduisons.
15 Electronic Enlightenment Project, Bodleian Libraries, University of Oxford, 2008-2019, <https://www.e-enlightenment.com/about/> consulté le 3 octobre 2022 Nous traduisons.
16 Paula Findlen, Daniel Edelstein et al., Mapping the Republic of Letters (Center for Spatial and Textual Analysis, Stanford University) <http://republicofletters.stanford.edu/> consulté le 3 octobre 2022. Nous traduisons.
17 Maria T. Comsa et al., « The French Enlightenment Network », Journal of Modern History, N° 88 (3), (2016), p. 495-534.
18 Voir les chapitres sur ces programmes de recherche dans Simon Burrows et Glenn Roe (dir.), Digitizing Enlightenment : Digital Humanities and the Transformation of Eighteenth-Century Studies, Oxford University Studies in the Enlightenment, N° 7, (2020).
19 Dan Edelstein, « Interactive Visualization for Voltaire’s Correspondence Network : Letters in Voltaire’s Network,» Mapping the Republic of Letters (Stanford Digital Repository, 2016) <http://republicofletters.stanford.edu/publications/voltaire/letters/>, consulté le 3 octobre 2022; Claire Rydell et Caroline Winterer, «Benjamin Franklin’s Correspondence Netowrk, 1757 – 1768, Mapping the Republic of Letters http://republicofletters.stanford.edu/casestudies/franklin.html (Stanford University Digital Repository, 2012), consulté le 3 octobre 2022.
20 Katherine McDonough et al., « Spatial Histoyr of the Encyclopédie » (2018) consulté le 1 mars 2021, sur http://kmcdono.com/enc.
21 Voir par exemple Timothy Tackett, « Paths to Revolution : The Old Regime Correspondence of Five Future Revolutionaries », French Historical Studies, N° 32 (4), (2009), p. 531-554.
22 Clovis Gladstone, « From the Banal to the Philosophical : Topic-Modeling Voltaire and Rousseau’s Correspondence, » Café Lumières, 9 juin 2020 <https://cafelumieres.voltaire.ox.ac.uk/from-the-mundane-to-the- modélisation-de-sujets-philosophiques-correspondance-voltaire-et-rousseaus /> consulté le 3 octobre 2022.