N°5 / Théâtre, musique et opéra dans la correspondance de Beaumarchais

De quelques préparatifs avant "Le Mariage" : Sedaine et Figaro dans la correspondance de Beaumarchais

Stéphane PUJOL

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« De quelques préparatifs avant le Mariage : Sedaine et Figaro dans la Correspondance de Beaumarchais »



La genèse du Mariage de Figaro est largement connue, et elle a été reconstituée maintes fois. Il ne s’agit donc pas ici de reprendre ce dossier, fût-ce à travers l’étude de la Correspondance de Beaumarchais. Notre objet est plutôt de considérer, au travers des rares lettres dont on dispose à ce jour, comment deux dramaturges célèbres, Sedaine et Beaumarchais, collaborent à ce qu’on pourrait appeler les préparatifs du Mariage. On sait comment ces deux « collègues en littérature », ainsi qu’ils aiment à se nommer1, ont œuvré ensemble pour la constitution d’un véritable droit d’auteur. Leur connivence ne s’arrête pas à ce chantier crucial dans l’espace juridico-culturel de l’Ancien régime. Elle prend sa source en amont, dans une forme de complicité à la fois intellectuelle et sociale. Si l’on connaît peu de choses des circonstances exactes de leur rencontre, on peut entrevoir au fil des lettres la confiance et l’estime réciproques qui les unit, afin de saisir au passage comment Beaumarchais procède avant de livrer son Mariage de Figaro au public. L’importance que jouent les lectures privées et les commentaires d’un auditoire choisi, avant ou après la première représentation, est une caractéristique de la production dramatique à l’âge des Lumières. Elle est attestée pour Voltaire2 aussi bien que pour Beaumarchais. Sedaine a été l’un des premiers lecteurs du Mariage de Figaro, un lecteur attentif et honnête. Il ressort du maigre corpus qui nous est parvenu des lettres échangées entre les deux hommes, l’image consolidée d’une histoire qui a désormais valeur de mythe3, à savoir un jeu d’identification permanent proposé par les contemporains, quand ce n’est pas d’abord par Beaumarchais lui-même, entre Figaro et son créateur. 


Deux « collègues en littérature »


Sedaine et Beaumarchais n’appartiennent pas à la même génération. Sedaine naît en 1719, six ans après Diderot et treize ans avant Beaumarchais. Les trois auteurs ont en commun d’être tous roturiers. Michel-Jean Sedaine, fils d’un entrepreneur des bâtiments du roi, fut contraint d’abandonner ses études pour se faire tailleur de pierre après que son père eût été ruiné. En dépit de cette situation inconfortable, il montre très tôt de véritables dispositions pour les Belles-Lettres. Dans l’intéressante Notice biographique qu’elle lui consacre, Mme de Vandeul, la fille de Diderot, écrit : « Le temps qu’il put dérober à ses travaux fut employé à l’étude de nos meilleurs ouvrages de littérature, et ses loisirs à la composition de pièces fugitives », parmi lesquelles des épîtres, des contes, des chansons, des traductions d’Horace et des pastorales, qui « composent un volume de deux cents pages et sont les premiers essais de ses talents »4. A partir de 1756, Sedaine devint le fournisseur attitré du Théâtre de la Foire et du Théâtre Italien. Collaborant avec quelques-uns des principaux musiciens de son temps tels que Philidor, Monsigny, ou Grétry, il obtint de grands succès avec des opéras-comiques comme Blaise le savetier (1759), Le Roi et le fermier (1762), ou Rose et Colas (1764)5. Ses seules véritables productions dans le registre purement dramatique ont été Le Philosophe sans le savoir (1765), contribution remarquée au nouveau genre du drame bourgeois, et La Gageure imprévue (1768). 
Tous deux roturiers et tous deux esprits libres, tous deux liés aux Philosophes et aux Encyclopédistes et cependant tous deux familiers de la reine Marie-Antoinette, Sedaine et Beaumarchais ont en commun une même passion du théâtre, un goût affirmé les chansons et pour l’opéra-comique (rappelons que la première version du Barbier de Séville relève de ce genre). Ils sont tous deux encore parmi les rares continuateurs du drame bourgeois de Diderot, même si l’on a vu dans Le Philosophe sans le savoir l’illustration heureuse des préceptes énoncés dans les Entretiens sur le Fils Naturel, alors que les trois drames de Beaumarchais, Eugénie (1767), Les deux amis (1770) et La Mère coupable n’ont été que des demi-succès. On a pu remarquer de vagues analogies entre les grandes comédies de Beaumarchais et tel opéra de Sedaine6, qu’il s’agisse du Barbier ou du Mariage, mais l’essentiel n’est pas là7.
Depuis quand se connaissent-ils ? On ne sait pas grand-chose des circonstances de leur rencontre. Dans une note du tome II de son édition de la Correspondance de Beaumarchais, à propos de l’actrice Mlle Ménard, Brian. N. Norton rappelle que celle-ci « donnait des dîners où étaient réunis parfois Marmontel, Sedaine, Rulhières, Chamfort, Beaumarchais et le duc de Chaulnes. C’est au cours d’un de ces dîners, en 1772, que Beaumarchais annonça que, le jour même, son opéra-comique, le Barbier de Séville, avait été refusé par le Théâtre italien. On lui conseilla de présenter l’ouvrage au Théâtre français »8.
Signalons enfin un dernier trait commun : Sedaine et Beaumarchais ont souffert tous deux de la censure. On y reviendra à propos du Mariage de Figaro. En ce qui concerne le premier, on se contentera de signaler ce qu’écrit Grimm du Philosophe sans le savoir, dans un jugement qui manifeste au passage un authentique mépris de classe : 
    
Je ne connais pas M. Sedaine. Il est maître maçon, et je ne lui donnerais pas ma maison à bâtir, de peur qu'il ne songeât au plan d'une jolie pièce lorsqu'il faudrait songer au plan de mon appartement. Je ne connais pas sa comédie du Philosophe sans le savoir, mais je sais que cette pièce, au moment d'être jouée, a été arrêtée par ordre de la police ; et l'auteur n'ayant pu s'arranger avec le censeur, il est fort douteux aujourd'hui qu'elle paraisse jamais sur le théâtre9.


Sedaine et Beaumarchais, principaux artisans d’un projet intellectuel et juridique au tournant des Lumières.


Entre la publication de la Lettre de Diderot sur le commerce de la librairie (1763) et les arrêts de 1777, les débats sur le statut et sur le rôle de l’imprimé, sur la censure et sur le contrôle exercé par l’administration sur cette branche essentielle du commerce d’Ancien Régime font rage parmi les différents acteurs de la vie littéraire et culturelle. Pour Beaumarchais, l’affaire pourrait commencer au début de l’année 1777, après qu’il ait refusé les 4506 livres promises par la Comédie Française pour les trente-deux premières représentations du Barbier de Séville. Au terme de plusieurs mois d’échanges houleux avec les comédiens du Français, et sur l’avis du maréchal duc de Duras10, Beaumarchais réunit un grand nombre d’auteurs dans le dessein de préparer un projet de règlement de leurs droits. Cette réunion, qui vise à « faire un nouveau règlement à la Comédie Française relative aux gens de lettres », fait l’objet d’une première délibération le 3 juillet 1777 qui se termine par la mention suivante : « Et nous quatre, commissaires honorés de la nomination de la présente assemblée, avons accepté et signé la présente délibération : Saurin, Marmontel, Sedaine, Caron de Beaumarchais »11.
On versera à ce dossier la lettre du 9 août 1777 de Sedaine à Beaumarchais qui montre toute la sagacité du premier : 

Dressons des reglemens tres sages, tres moderés, qui affranchissent les auteurs de toute soumission envers les comediens. faisons sentir l’inconvenient des 100 Louis Etc et qu’il n’y a aucune bonne raison a donner pour qu’ils ne comptent pas de clerc a maitre avec leurs cooperans.
il n’accederont, ou pour mieux dire, il n’accedera pas a ces propositions qui certainement parraitront tres sages au public, et de là nous partirons pour demander un nouveau Theatre mais il faut que nos propositions soient nettes, precises et point begayées ce n’est point grace mais justice avec d’autant plus de raison que nous sommes depuis bien longtemps les victimes de l’injustice et de la rapacité, de quelque coté qu’elle vienne.
assemblons nous et finissons pour une bonne fois. donnez nous une matinée si vous le pouvez a commencer a dix ou onze du matin jusqu’a 3 heures, chacun prenant une plume, cela finira, on copiera pendant le Diné, on signera apres, et nous finirons quelque chose. nous etablirons ce qu’il y aura a dire pour une nouvelle troupe, plusieurs d’entre nous mettrons sur le papier ce que nous pensons, nous vous l’envoyerons ou a celui chargé, et le memoire fait nous verrons par où nous y prendre, mais pensez qu’a la cour toutes les avenües nous seront fermées autant qu’il leur sera possible, et je crains autant a cet egard ceux qui disent desirer la chose que ceux qui s’y opposent, tout cela ne finira qu’avec du papier timbré. c’est la seule chose qu’ils craignent. vous aurez figaro pour epée, et les auteurs pour bouclier.12

On relèvera le ton décidé, presque martial, de cette lettre, et surtout cette première assignation de Beaumarchais à Figaro en combattant de la liberté. Cette image de l’épée montre la force symbolique du personnage de Figaro, même s’il ne peut s’agir ici que du personnage du Barbier. Elle peut se lire comme le signe d’une forme de passation de pouvoir de l’ancienne noblesse d’épée à la jeune noblesse de plume.
Dans une autre lettre datée du 4 janvier 1778, on lit les conseils que donne Sedaine à Beaumarchais suite à « l’ajournement » des signatures de certains auteurs. Les désaccords entre ceux-ci devenant de plus en plus évidents, Sedaine s’affirme pourtant comme l’un des membres les plus fidèles de la Société. Il demande de nouveau à Beaumarchais de rédiger les articles du règlement mentionné :

Puisque vous vous êtes chargé, heureusement pour nous, de rédiger les articles, je crois (la chose faite) qu’il serait bien d’en faire tirer 3 copies à mi-marge, de nous les envoyer, nous ferions nos réflexions sans tomber [toucher ?] en rien sur le texte qui est passé et avoué, mais c’est une dernière main à mettre et cela facilitera notre dernier avis, mais d’ailleurs pressons pressons, je crains bien encor que vous ne soyez forcé, (et presque faut-il le désirer) que vous ayez l’air de finir l’affaire en votre nom13.

Les années passent mais le combat continue. Dans une autre lettre adressée à Beaumarchais datée du 5 octobre 1779, Sedaine use d’un lexique belliqueux en assimilant la guerre qui oppose les auteurs dramatiques contre la Comédie Française à celle que mène la France contre les Anglais :
    
Cette affaire14 qui ne peut augmenter mon estime pour vous ne peut qu’accroître votre considération, mais je vous l’ai toujours dit ils nous échaperont, ils gouvernent le vent, nous les battrons, ou pour mieux dire, vous les batterez, – vous les desemparerés et ils se retireront chez eux pour recommencer, il vous sera plus aisé de battre les ennemis de l’etat que ceux de la littérature […]15.

Un semblant de réconciliation entre les auteurs et les comédiens du Français s’opère en avril 1780 autour d’un projet de règlement, suivi d’un dîner chez Beaumarchais. Mais, ainsi que celui-ci le raconte dans son Compte rendu de l’affaire des auteurs dramatiques et des comédiens français, les manœuvres de l’avocat Gerbier, représentant les comédiens, et du duc de Duras, font transformer le règlement en un arrêt du Conseil défavorable aux auteurs, tout en laissant courir la rumeur selon laquelle Beaumarchais se serait entendu avec les comédiens pour tromper les auteurs. Sedaine en avise son ami le 2 mai :

Je vous écris, mon cher collègue, tout en réfléchissant que ce que je vous écris est inutile et que vous êtes certainement aussi pénétré que moi de la conduite de l’homme aux cordons [le duc de Duras]. Il faut solder et liquider le plus tôt possible cette affaire pour notre repos et l’honneur de la littérature. Il faut que cet homme ait un bien grand mépris pour nous, ou qu’il pense qu’on peut nous jouer bien impunément. Si j’avais eu connaissance de l’arrêt du conseil et de ce qu’il contenait, mon avis n’aurait point été d’aller chez lui, mais d’assembler les hommes de lettres et de prendre leurs résolutions sur ce cas grave, qui porte avec lui le complément de ce que les comédiens ont fait depuis trois ans. Si nous n’en avons pas justice, nous avons l’air, nous commissaires de la littérature, d’avoir coopéré à cette infamie, et le dîner qui l’a suivie avec les comédiens n’est pas fait pour en ôter l’idée. Il est peu de compagnie où se soient trouvés des hommes de lettres où on ne leur ait dit : Prenez-y garde, M. de Beaumarchais est trop fin pour vous tous ; il vous trompera, tout en ayant l’air de vous défendre. Moi qui vous crois très honnête homme, moi qui sais qu’un homme de beaucoup d’esprit et chargé de grands intérêts aurait beaucoup de droiture par politique, si ce n’était par inclination ou principe, j’ai ri au nez de ceux qui m’ont tenu ces propos ; mais à présent ces propos se tiennent par de nos auteurs dramatiques, et nous y sommes englobés. Il est vrai que vous y faites le beau rôle : vous êtes l’homme d’esprit, et nous les sots. Ainsi je vous supplie, mon cher collègue, au nom de nous tous, de faire aller ceci vite. Si nous n’en avons pas justice, je renonce à tout engagement avec les auteurs dramatiques ; je ne veux pas être d’un corps méprisé, quoiqu’il s’en faut bien qu’il soit méprisable. 
Ce deuxième mai16.

La réponse de Beaumarchais ne se fait pas attendre. Il écrit dès le lendemain à son « collègue » pour lui exprimer toute son exaspération devant la conduite de ses confrères :

Je n’ai pas répondu, mon cher collègue, à votre lettre en la recevant, parce que la chaleur qui m’en a monté à la tête ne m’eût pas permis de le faire avec la sagesse convenable. J’ai passé ma vie entière à faire de mon mieux, au doux murmure des reproches et des outrages de ceux que je servais ; mais rien ne m’a peut-être autant outré que ce qui m’arrive. En vérité, on ne sait ici qui l’emporte, ou de la bêtise ou de la malhonnêteté. C’est assez pour moi ; qu’un autre fasse mieux, je l’applaudirai. J’ai fait de longues et sévères observations sur chaque article de ce ridicule arrêt ; j’ai refait ensuite les articles de l’arrêt, et mon travail de lundi a été montré hier à une heure à M. le duc de Duras par moi. […] Au reste, tout ce que la sagesse de mes confrères eût fait sans le dîner de vendredi, elle est à même de le faire après et malgré ce dîner, qui n’a pas apporté d’autre changement à leurs affaires que la mort de quelques bouteilles de vin versées en l’honneur de la réconciliation. Il y a une récompense de 25 louis pour l’homme ingénieux qui pourra expliquer à l’assemblée de dimanche quel intérêt peut avoir, pour favoriser les comédiens contre les gens de lettres, le très bêtement accusé Beaumarchais. Je vous salue, vous honore et vous aime. Je sens, à la lecture de mon griffonnage, que ma tête est encore échauffée ; mais je le recommencerais en vain. Je me trouve un peu moins maître de moi que je ne le désirerais.17

Sedaine fera aussitôt amende honorable en renouvelant son témoignage d’amitié à Beaumarchais. Quant à l’issue de cette affaire, un dernier arrêt du Conseil donnera lieu à ce que Loménie appelle « une cote mal taillée »18. On sait qu’il faudra attendre la Révolution pour que l’Assemblée nationale, à la suite d’une pétition rédigée par La Harpe, Beaumarchais et Sedaine, reconnaisse pleinement le droit de propriété des auteurs le 13 janvier 1791, en supprimant au passage tous les privilèges de la Comédie-Française.


Figaro double de Beaumarchais, ou Beaumarchais double de Figaro ?


La lecture de salon est une pratique connue et une caractéristique de la vie littéraire d’Ancien Régime. Tout au long de sa carrière d’auteur dramatique, Beaumarchais a ainsi « essayé » plusieurs de ses pièces auprès d’un public choisi afin d’en mesure les effets. Quelques jours avant la représentation d’Eugénie à la Comédie Française – sa première production, si l’on excepte les Parades – Beaumarchais s’adresse en ces termes à Mesdames de France, filles du roi, pour leur demander d’entendre lecture de sa pièce :

Quelques ordres que j’eusse donnés aux Comédiens, en leur faisant présent de l’ouvrage, de garder un profond secret sur le nom de l’auteur, dans leur enthousiasme maladroit, ils ont cru me rendre ce qu’ils me devaient en transgressant mes ordres, et ils m’ont sourdement fait connaître à tout le monde. Comme cet ouvrage, enfant de ma sensibilité, respire l’amour de la vertu et ne tend qu’à épurer notre théâtre et en faire une école de bonnes mœurs, j’ai cru que je devais, avant que le public le connût davantage, en offrir un hommage secret à nos illustres protectrices. Je viens donc, Mesdames, vous prier d’en entendre la lecture en particulier. Après cela, quand le public me porterait aux nues à la représentation, le plus beau succès de mon drame sera d’avoir été honoré de vos larmes, comme son auteur l’a toujours été de vos bienfaits.19

Beaumarchais reprendra ce procédé au moment du lancement du Mariage de Figaro entre 1781 et 178420. Il ne manquera pas de demander conseil à Sedaine, qui lui prodiguera ses recommandations dans une lettre devenue fameuse depuis le succès de la pièce. Virginie Yvernault rappelle ainsi qu’à l’occasion d’une lecture privée de la Folle Journée, « Sedaine recommande à son imprudent ami de supprimer quelques expressions de mauvais goût et surtout de rendre plus décent le comportement de la comtesse. Selon toute probabilité, celle-ci se retrouvait seule sur scène avec Chérubin durant quelques instants, ce qui n’est pas le cas dans la version qui a été représentée pour la première fois à la Comédie-Française. Beaumarchais semble avoir suivi le conseil de son ami ». Comme le souligne encore Virginie Yvernault, la lettre fameuse de Sedaine à Beaumarchais du 9 septembre 1781, « si fréquemment citée ou reproduite, intéresse au premier chef la critique puisqu’elle fait état d’une version antérieure de la comédie »21

Mon cher Collegue en litterature et cher frere en Apollon je vous remercie de tout le plaisir que vous m'avez fait hier, Charles 7 ne pouvoit pas perdre son royaume plus gaiment et vous faire vos affaires avec un fond de gaité plus inépuisable, votre Figaro m'a fait le plus grand plaisir et vous vous etes tellement, et si bien rendû maitre de ce caractere qu'on vous croiroit un peu Figaro, votre Almaviva a justifié ce que j'avois trouvé presqu'inexcusable dans les premieres scênes du Barbier, c'est qu'il s'annonce comme un libertin d'apres nos mœurs à observer. Il pense que Rosine est femme du Docteur ainsy le voila bien adultere en herbe et c'est Figaro qui lui a appris qu'elle n'etoit que pupille et future conjointe. D'un autre coté cette Rosine s'est prettée avec tant de finesse à tromper le Docteur qu'on ne peut s'empecher d'imaginer qu'un jour elle trompera son mary et je ne suis pas le seul qui en a fait la reflexion, les corrections à faire, les longueurs à supprimer ne peuvent se faire qu'aux répétitions, et n'écoutez avant ce temps que vous même, j'ai trouvé quelques mots quelques phrases d'un ton hazardé, comme franc maraud, franc mary aux Ursulines au lieu de retraite sacrée, mais l'ouvrage est charmant, divertissant, plein de sel de gout et d'une philosophie en Polichinel à faire etouffer de rire, et depuis feu Rabelais de jovial memoire rien qui puisse mieux distraire de leurs maux les pauvres verolés. 
Je crains qu'on ne puisse supporter sur la scene cette charmante et facile comtesse que l'imagination au sortir du cabinet voit encor toute barbouillée de f. mais il n'est rien qu'on ne fasse passer avec des distractions de l'objet principal. 
Je n'aime point les quatre bourses de Figaro, quand elles ne seroient pas dans le dénouement des Trois Freres rivaux, vous me demanderez pourquoi, je n'en scais rien, mais je ne les aime pas.
J'aime beaucoup que vous ayez elevé le ton de Marcelline, cela etoit indispensablement necessaire, un petit mot du Docteur, dans les 1eres scenes où ils se parlent, pour preparer; en reproche, la sublimité des idées qu'elle a acquises pres de lui, et que la paix de son menage devroit apprehender s'il l'epousoit. Enfin je finis pour ne pas donner dans le ridicule d'enseigner à mon maitre comment il doit s'y prendre. 
[…]
La fin de votre 3e acte est si pleine que je crains que le 4e acte n'en soufre ne pourriez vous à la fin de ce 3e raviver la curiosité en jettant un mot du petit page qu'on a totalement oublié et dont on desirera sçavoir le destin. Et sur ce je vous embrasse de tout mon cœur, ainsy que votre Lutin et la porteuse du creuset où ce lingot d'or a pris sa forme.
Ce 9e7bre1781

Il y aurait beaucoup de choses à commenter, et sur la forme, et sur le fond, au sujet de cette lettre. 
Sur la forme, on peut remarquer la parenté de ton entre la lettre de Sedaine et certaines lettres un peu lestes de Beaumarchais, notamment celles qu’il adresse à ses maîtresses22. Il y a dans sa correspondance beaucoup de gaieté « spermatique » pour reprendre une expression de Beaumarchais lui-même23, et même beaucoup de « foutre »24. Évidemment, Sedaine ne pouvait en avoir connaissance, mais cette lettre laisse entrevoir une réelle familiarité entre les deux hommes, qu’une même complicité grivoise a pu unir dans des conversations privées, bien loin de l’image très lisse et très sage que les biographes de Sedaine ont donné de l’auteur comique, mais époux fidèle et raisonnable, et sans doute très éloigné des frasques de Beaumarchais.
Sur le fond, la lettre de Sedaine signale en quelque sorte à rebours un certain nombre de remaniements auquel Beaumarchais a pu consentir après les remarques de son ami : « dans la version de la comédie qui est passée à la postérité, Beaumarchais prend garde de ne jamais laisser seuls Chérubin et sa marraine. L’allusion à la ‘charmante et facile comtesse que l'imagination au sortir du cabinet voit encor toute barbouillée de f.’ indique un premier scenario bien différent ».25
La lettre de Sedaine de septembre 1781 donne également à voir l’une des nombreuses illustrations d’une identification devenue familière aux lecteurs de Beaumarchais. L’auteur du Philosophe sans le savoir établit en effet un parallèle frappant entre le personnage de Figaro et son auteur (« votre Figaro m'a fait le plus grand plaisir et vous vous etes tellement, et si bien rendû maitre de ce caractere qu'on vous croiroit un peu Figaro »). Il ne s’agit pas ici d’abonder dans le sens d’une analogie mainte fois essayée par la critique26. Mais, dans le cadre du projet d’inventaire numérique de la Correspondance de Beaumarchais conduit par Linda Gil27, on se permettra de proposer quelques pièces à verser au dossier, et d’oser une hypothèse. On relèvera ainsi un double jeu d’écho, du théâtre dans la Correspondance28, et possiblement, de la Correspondance dans le théâtre.
Concernant le premier, on voit en effet très tôt, dans la Correspondance, comment Beaumarchais lui-même s’identifie à son personnage. Le personnage de Figaro semble ainsi vivre d’une vie autonome dans les lettres, moitié original, moitié double de son créateur. Et ce, dès l’époque du Barbier de Séville. Dans une lettre du 16 avril 1776, Beaumarchais s’adresse ainsi au comte de à M. de Vergennes, ministre des affaires étrangères pour lui rendre compte des craintes que suscitent à Londres les rumeurs qui concernent l’engagement de la France auprès des « Insurgents » d’Amérique : « Je suis un peu comme Figaro, M. le Comte, et je ne perds pas la tête pour un peu de bruit »29. Le Figaro dont il s’agit ici est bien évidemment celui du Barbier, et Beaumarchais tient pour acquise la connaissance que le ministre a de sa pièce. On peut encore signaler la lettre que Beaumarchais adresse au comte de Maurepas le 11 octobre 1779 à propos des différents procès que la famille de sa première femme (Madeleine-Catherine Aubertin Aubertin) lui a intentés. Beaumarchais s’en remet à Maurepas, non sans lui avoir rappelé qu’il a présenté une requête auprès de la cour de Justice avec sa protection :

Je demande à consigner et à compter […]. On s’y refuse en m’opposant des arrêts obtenus par défaut dans mes absences, et la forme, la forme ; ce terrible patrimoine de la justice sert de couverture à l’iniquité d’une demande atroce30.

Serait-ce un souvenir de la scène XIII de l’acte III du Mariage, dans laquelle Figaro déclare à Brid’oison que « la forme est le patrimoine des tribunaux », voire de la scène XIV où ce dernier répète : « La forme, la-a forme ! » ? Il faut rappeler qu’au moment où Beaumarchais rédige sa lettre, il a terminé l’écriture du Mariage dans sa première version.

Inversement, c’est-à-dire concernant les possibles échos de la Correspondance dans le Mariage, on peut faire l’hypothèse que dans certains cas Beaumarchais a pu s’inspirer de ses échanges épistolaires pour recueillir des bribes de sa comédie en gestation. Ainsi peut-on comparer ce que Vergennes écrit à Beaumarchais le 19 décembre 1779 à propos d’un Arrêt du Conseil d’État qui a supprimé un opuscule du dramaturge intitulé Observations sur le Mémoire justificatif de la Cour de Londres, et du mécontentement que cet arrêt à occasionné pour notre écrivain : « Sachez souffrir, Monsieur, ce qu’il ne vous est pas possible d’empêcher »31, avec la scène VIII de l’acte IV, du Mariage de Figaro, où le comte dit : « Il faut souffrir ce qu’on ne peut empêcher ». Beaumarchais s’est-il souvenu de cette formule ? L’a-t-il notée sur un cahier préparatoire avant de la reprendre dans sa comédie ? Ou bien au contraire le comte de Vergennes fait-il entendre son fait à Beaumarchais, en forme de clin d’œil discret au Mariage dont on sait qu’il est terminé dès 1778 et dont Vergennes a pu prendre connaissance au gré d’une lecture privée ? Il est évidemment impossible de trancher ici, mais cette question pourrait être l’occasion d’une enquête plus vaste dont les résultats nous diraient si ce jeu de miroirs et d’échos se répète dans la Correspondance, du moins celle qui coïncide avec le moment de sa production théâtrale.


Stéphane Pujol


Université de Toulouse – Jean Jaurès, PLH-ELH





1 Cette expression, qui revient sous la plume de Beaumarchais pour désigner sa relation à Sedaine, est rappelée dans un article récent de Virginie Yvernault : « ‘Deux collègues en littérature’. Sedaine et Beaumarchais », in Une œuvre en dialogue. Le théâtre de Michel-Jean Sedaine, Judith le Blanc, Raphaëlle Legrand, Marie-Cécile Schang‑Norbelly (dir.), Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2020, p. 209-221.
2 Voir à propos de Voltaire l’article de Marc Hersant sur le rôle joué par d’Argental dans la dynamique d’écriture théâtrale du maître de Ferney (« ‘Rêve parisien’. Voltaire et le théâtre, de loin », Revue Voltaire, n° 22, 2024, p. 137-144)
3 Mythe examiné par Virginie Yvernault dans son beau Figaromania. Beaumarchais tricolore, de monarchies en républiques (Hermann, 2020), notamment dans la partie intitulée « Figaro, c’est Beaumarchais » de son Introduction (p. 18-22).
4 « Notice historique sur Sedaine envoyée à l’auteur de ces feuilles, par Mme de Vandeul, née Diderot. 1797 », Correspondance littéraire, éd. Maurice Tourneux, Paris, Garnier, tome 16, 1882, p. 235.
5 Sur le théâtre de Sedaine, voir l’ouvrage déjà mentionné : Une œuvre en dialogue. Le théâtre de Michel-Jean Sedaine, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2020.
6 « Probablement […] l’auteur du Barbier a lu avec fruit l’opéra-comique de Sedaine : On ne s’avise jamais de tout. Le docteur Tue, de Sedaine, médecin, tuteur et amoureux de Lise, est de la même famille que le docteur Bartholo. Lise, avec une ingénuité plus complète que Rosine, n’est pas sans rapport avec la pupille de Bartholo. Dorval, l’amant de Lise, pourrait bien avoir contribué à donner l’idée d’Almaviva. Tous deux emploient, pour déjouer la jalousie du tuteur, des déguisements analogues », Louis de Loménie, Beaumarchais et son temps. Études sur la société en France au XVIIIe siècle d’après des documents inédits, Paris, Michel Lévy Frères, 1836, p. 474-475.
7 Dans son article, Virginie Yvernault a quelque peu tempéré ces rapprochements multiples : « Si le succès de Sedaine, plus âgé, précède celui du père de Figaro d’une bonne dizaine d’années, il emprunte, pour l’essentiel, une voie conventionnelle : élu à l’Académie en 1786, Sedaine est bien intégré à l’espace littéraire de cette seconde moitié du XVIIIe siècle. Tout au contraire, Beaumarchais demeure constamment et volontairement à la marge, soucieux d’accumuler les provocations en tout genre avec une aisance, voire une arrogance que seule sa fortune personnelle lui autorise, au grand dam de ses confrères, jaloux de ses triomphes mondains et littéraires. Aussi la bienveillance de Sedaine à l’égard de ce roturier aux allures de petit-maître mérite-t-elle d’être soulignée car elle n’est pas chose fréquente. Au travers des figures de Sedaine et de Beaumarchais, ce sont en réalité deux modèles de réussite théâtrale qui s’esquissent, l’un impliquant la notoriété et la reconnaissance académique, l’autre la célébrité et les déconvenues qui l’accompagnent » (Virginie Yvernault, « ‘Deux collègues en littérature’… », p. 211).
8 Beaumarchais, Correspondance, éd. Brian. N. Norton, tome II (Février 1773 - Décembre 1776), Paris, Nizet, 1969, p. 5. Mlle Ménard fut actrice dans plusieurs pièces de Sedaine (la Correspondance Littéraire de juin 1770 lui consacre une notice salée ; voir édition citée, tome I, p. 181-184). Elle fut également la maîtresse de Beaumarchais, maîtresse qu’il a volé au duc de Chaulnes. Dans son ouvrage sur Beaumarchais, Louis de Loménie rapporte ce fait, plein de drôlerie, consigné dans le Récit exact de ce qui s’est passé jeudi 11 février 1773 entre M. le duc de Chaulnes et moi, Beaumarchais (Louis de Loménie, ouvr. cité, p. 261). Notons que la destinée littéraire de cette actrice est singulière. Mlle Ménard a été en effet le personnage d’une comédie de Sacha Guitry de 1950 intitulée sobrement Beaumarchais. On démarquera ce passage, tiré de l’Acte I, premier tableau : « Beaumarchais. – Mademoiselle Ménard ? Gudin. – Ah ! C’est Mademoiselle Ménard ? Beaumarchais. – Vous ne le saviez pas ? Gudin. – Je voulais vous le faire dire ».
9 Correspondance Littéraire, éd. citée, tome VI, 1878, p. 402.
10 La correspondance de Beaumarchais avec le maréchal de Duras relative à ce projet se trouve au tome III (1777) de l’édition établie par Brian N. Norton : voir les lettres des 15 et 16 juin 1777 (p. 127 et 128), des 23 et 25 juillet 1777 (p. 157 et 159) et la lettre du 2 août 1777 (p. 170), Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, Linda Gil (dir.), Humanum/IRCL, IDC 513, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=513, IDC 514, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=514, IDC 551, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=551, IDC 553, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=553, IDC 563, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=563.
11 Ibid., p. 147.
12 Ibid., p. 173-174 ; nous soulignons.
13 Correspondance, éd. citée, tome IV (1778), 1978., p. 14-15.
14 Il s’agit de la Relation faite par Beaumarchais dans les journaux de la prise de Grenade par le vaisseau Le Fier Rodrigue qu’il a fait affréter pour le transport de matériel destiné aux insurgés américains. Voici comment Edouard Fournier, auteur d’une Vie de Beaumarchais (Paris, Laplace, 1876) résume « l’affaire » : « Louis XVI, retenu longtemps par la prudence du vieux Maurepas, mais pressé par ses autres ministres Sartine et Vergennes, et craignant d’ailleurs une réconciliation des Américains et des Anglais, qui les eût amenés ensemble contre la France, se décide enfin, le 13 mars 1778, à signifier à l’Angleterre la reconnaissance des États-Unis, ce qui équivaut à une déclaration de guerre. Le Fier-Rodrigue prendra part aux hostilités. On complète son armement, et il part convoyant dix navires de commerce de la flotte de Beaumarchais. À hauteur de la Grenade, l’amiral d’Estaing, prêt à combattre l’amiral Biron, l’aperçut qui passait au large ; il le fit héler, le mit en ligne au premier rang, et le gain du combat lui fut dû en partie. Mais à quel prix ! son capitaine tué, ses mâts brisés, ses flancs troués, les dix navires qu’il devait défendre dispersés, pris ou perdus ! Beaumarchais ne vit que la victoire : une lettre, que lui écrivit d’Estaing pour le remercier, une chanson qu’il fit sur l’amiral anglais, avec l’air de la vieille ronde : Quand Biron voulut danser, et dont le roi, en passant, le félicita par un sourire » (p. XXVII).
15 Beaumarchais, Correspondance, éd. Donald. C. Spinelli, tome V (1779), volume non publié mais consultable en ligne <https://clas.wayne.edu/faculty/spinelli>, p. 294-295, Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 834, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=834
16 Lettre publiée par Louis de Loménie, in Beaumarchais et son temps…, éd. citée, t. II, 1873, p. 36, Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 2605, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=2605
17 Louis de Loménie, Beaumarchais et son temps…, éd. citée, t. II, 1873, p. 37, Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 2098, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=2098
18 Ibid. p. 39-40.
19 Lettre reproduite dans le premier volume de la Correspondance établie par Brian Norton, p. 199.
20 La Correspondance littéraire de Grimm atteste de plusieurs lectures privées du Mariage avant même sa représentation qui témoignent de l’engouement suscité par la pièce, y compris auprès des princes étrangers ou des personnages les plus influents du royaume de France (voir notamment les compte-rendu de juin 1782, vol. 13, p. 149 ; d’octobre 1782, vol. 13, p. 366, et de juin 1783, vol. 13, p. 322). Beaumarchais était par ailleurs excellent lecteur de lui-même si l’on en croit ce compte-rendu d’une lecture publique de La Mère coupable dans la Correspondance Littéraire de juin 1792 : « Quand je me rappelle l’impression différente que m’ont faite les détails de cette pièce à la lecture que j’en avais entendu faire à l’auteur, et à la représentation, je suis tenté de croire que le charme très remarquable du son de voix de M. de Beaumarchais a contribué beaucoup à lui faire illusion sur le mauvais goût d’un grand nombre de ses expressions, car il est certain que ces expressions, qui lui sont trop familières, n’ont presque plus rien qui vous surprenne et vous blesse avec sa manière de s’en servir et de les prononcer. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que Figaro, si connu depuis longtemps, s’est acquis le droit de faire supporter la bizarrerie de son caractère et de son langage ».
21 Virginie Yvernault, article cité, p. 213.
22 Notamment celles adressées à Marie-Madeleine de Godeville (qu’on peut lire dans l’édition procurée par Maurice Lever, Lettres galantes deBeaumarchais à Mme de Godeville (1777-1779), Fayard, 2004). Sur ce registre érotique dans la Correspondance, voir Bénédicte Obitz-Lumbroso. « Le je(u) amoureux dans les lettres érotiques de Beaumarchais ». Épistolaire. Revue de l'A.I.R.E., 2017, 43, p. 15-24.
23 Voir la lettre du 30 août 1777 à Mme de Godeville : « J’ai le style un tant soit peu spermatique » (Correspondance, éditée par Brian N. Morton et Donald C. Spinelli, Paris, éd. A.-G. Nizet, 1969-1978, t. III (1777), p. 190), Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 580, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=580
24 Je reprends ici le terme employé par Beaumarchais lui-même dans sa lettre, bien qu’abrégé : la « facile comtesse que l'imagination au sortir du cabinet voit encor toute barbouillée de f. »
25 Virginie Yvernault, Figaromania…, page 88. À propos des talents de Sedaine comme critique littéraire, on peut rappeler au passage ce qu’écrit Mme de Vandeul dans sa Notice biographique sur Sedaine : « Une chose particulière de la tournure de tête de Sedaine était l’examen scrupuleux qu’il faisait du style de tous les écrivains de son siècle. Il épluchait avec une sévérité rare et dénichait une faute de français dans Voltaire ou Buffon. Ces découvertes le rendaient heureux, elles le réconciliaient sans doute avec ses propres négligences, le consolaient du moins de celles qu’on ne cessait de lui reprocher » (Correspondance Littéraire, éd. citée, tome 16, 1882, p. 244). On aura néanmoins remarqué que la « sévérité » dont parle la fille de Diderot à propos de l’« examen » par Sedaine de la première version du Mariage dans la lettre citée est toute relative !
26 Sur ce point voir l’intéressante mise en perspective proposée par Virginie Yvernault dans son Figaromania…, notamment dans la partie intitulée « Figaro, c’est Beaumarchais », Introduction, p. 18-22.
27 https://ircl.cnrs.fr/recherche/inventaire-de-la-correspondance-de-beaumarchais/
28 Les réminiscences du théâtre dans la Correspondance de Beaumarchais ont été analysés sous un autre angle par Bénédicte Obitz, « ‘Je suis un peu comme Figaro, M. le Comte, je ne perds pas la tête pour un peu de bruit’. Beaumarchais dramaturge dans sa correspondance », in Jean-Marc Hovasse (dir.), Correspondance et théâtre, Presses Universitaires de Rennes, 2012
29 Lettre au comte de Vergennes, 16 avril 1776 (Correspondance, édition citée, t. II, p. 181). Sur cette lettre, voir Bénédicte Obitz, article cité, Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 332, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=332
30 Correspondance, tome V (1779), édité par Donald Spinelli, p. 328 ; nous soulignons, Inventaire numérique de la correspondance de Beaumarchais, op. cit., IDC 844, https://beaumarchais.huma-num.fr/Inventaire/Correspondance?ID=844
31 Ibid., p. 356. Pour mieux apprécier la saveur de cette formule, on rappellera que souffrir et supporter sont donnés pour synonymes par le chevalier de Jaucourt dans l’Encyclopédie (tome XV, 1765, p. 398a), qui ne fait que reprendre le Dictionnaire des synonymes (1736) de l’abbé Girard : « SOUFFRIR, SUPPORTER, (Synonym.) souffrir se dit d'une manière absolue : on souffre le mal dont on ne se venge point. Supporter regarde proprement les défauts personnels : on supporte la mauvaise humeur de ses proches ». 

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Bénédicte OBITZ-LUMBROSO

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N°4 / 2024

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